Contre-Regards

par Michel SANTO

Flaubert et la mode.

GustaveFlaubert

Mes pagesCelle ci, de Flaubert, tirée de sa correspondance, sur la mode. Un morceau d’anthologie. Pour lire la suite,  continuez sur ce lien. Bonne lecture!
À LOUISE COLET.
[Croisset] Dimanche soir [29 janvier 1854].
Mais, comme il ne s’agit pas de déclamer contre le bourgeois (lequel bourgeois n’est même plus bourgeois, car depuis l’invention des omnibus la bourgeoisie est morte ; oui, elle s’est assise là, sur la banquette populaire, et elle y reste, toute pareille maintenant à la canaille, d’âme, d’aspect et même d’habit : voir le chic des grosses étoffes, la création du paletot, les costumes de canotiers, les blouses bleues pour la chasse, etc. ), comme il ne s’agit pas cependant de déclamer, voici ce que je ferais : j’accepterais tout cela et, une fois parti de ce point de vue démocratique, à savoir : que tout est à tous et que la plus grande confusion existe pour le bien du plus grand nombre, je tâcherais d’établir a posteriori qu’il n’y a pas par conséquent de modes, puisqu’il n’y a pas d’autorité, de règle. On savait autrefois qui faisait la mode, et elles avaient toutes un sens (je reviendrais là-dessus, ceci rentrerait dans l’histoire du costume qui serait une bien belle chose à faire, et toute neuve). Mais maintenant, il y a anarchie, et chacun est livré à son caprice. Un ordre nouveau en sortira peut-être. Ce sont encore deux points que je développerais. Cette anarchie est le résultat, entre mille autres, de la tendance historique de notre époque. (Le XIXe siècle repasse son cours d’histoire. ) Ainsi nous avons eu le Romain, le Gothique, le Pompadour, la Renaissance, le tout en moins de trente ans, et quelque chose de tout cela subsiste. Comment donc tirer profit de tout cela, pour la beauté ? Le calembour y est, je le prends dans ce sens : en étudiant quelle forme, quelle couleur convient à telle personne, dans telle circonstance donnée. Il y a là un rapport de tons et de lignes qu’il faut saisir. Les grandes coquettes s’y entendent et, pas plus que les vrais dandys, elles ne s’habillent d’après le journal de modes. Eh bien, c’est de cet art-là qu’un journal de modes, pour être neuf et vrai, doit parler. étudier, par exemple, comment Véronèse habille ses blondes, quels ornements il met au cou de ses négresses, etc. N’y a-t-il pas des toilettes décentes, n’y en a-t-il pas de libidineuses comme d’élégiaques, et d’émoustillantes ? De quoi cet effet-là dépend-il ? D’un rapport exact, qui vous échappe, entre les traits et l’expression du visage et l’accoutrement. Autre considération, le rapport du costume à l’action, et de cette idée d’utilité souvent même dérive le Beau ; exemple : majesté des costumes sacerdotaux. Le geste de la bénédiction est stupide sans manches larges. L’Orient se démusulmanise par la redingote. Ils ne peuvent plus faire leurs ablutions, les malheureux, avec leurs parements boutonnés ! De même que l’introduction du sous-pied leur fera abandonner tôt ou tard l’usage du divan (et peut-être celui du harem, car lesdits pantalons ont aussi des braguettes boutonnées. À propos de l’importance des braguettes, voir le grand Rabelais. ) Quant au sous-pied, il est chassé de France maintenant, par suite de l’extension et de la rapidité des affaires commerciales. Remarquer que ce sont les boursiers qui ont les premiers porté la guêtre et le soulier ; le sous-pied les gênait pour monter en courant les marches de la Bourse, etc. , etc. Enfin y a-t-il rien de plus stupide que ce bulletin de modes disant les costumes que l’on a portés la semaine dernière, afin qu’on les porte la semaine qui va suivre, et donnant une règle pour tout le monde ?

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