Contre-Regards

par Michel SANTO

J’ai lu l’avis du maire de Florac (Lozère) après son Grand Débat…

Christian Huguet est maire de la petite ville de Florac Trois Rivières ; une paisible et charmante cité du plus discret des plus petits départements de la France Métropolitaine : la Lozère. Comme de nombreux maires mobilisés par le Grand Débat voulu par le Président de la République, il a souhaité, lui aussi, y participer en donnant la parole à ses administrés dans une salle sans doute polyvalente, dont il avait confié l’animation à un nommé Plantin (tout un programme !).
C’était donc un 15 février, et ce qu’en rapporte Christian Huguet, dans le Midi Libre du 30 mars, est malheureusement d’une désespérante et sombre banalité. Des anciens, et souvent des retraités, sagement assis et raisonnablement revendicatifs, seuls, avaient répondu à son appel solennel (et citoyen, évidemment !). Les jeunes ayant plutôt choisi la fuite vers des des paradis virtuels au mieux ; des univers complotistes, au pire. J’exagère ! Je le sais. Quoique ! Enfin, toujours est-il que notre maire ne pouvait pas ne pas constater, à l’épreuve du débat avec ses attentives ouailles, « un manque évident de sens civique », de compréhension de la vie politique en général, ainsi qu’une méconnaissance abyssale des institutions – de leurs rôle et compétences. Finalement des évidences, des lieux communs…
Le plus étonnant toutefois est qu’il impute, dans son compte-rendu journalistique, la responsabilité de cette ignorance collective et des frustrations qu’elle suscite à l’État, accusé d’un « recentralisme » imaginaire. Imaginaire en effet, car les collectivités décentralisées, de la commune aux régions, n’ont jamais bénéficié d’autant de pouvoir et de compétences. Mais dans un contexte, il est vrai, où chacune et toutes ensemble de ce mille-feuilles administratif aussi épais qu’indigeste, ne cessent de brouiller frontières administratives et financements tout en se défaussant, pour lui en faire payer le prix politique , sur le seul État – quand ce n’est pas sur l’Europe… Une défausse classique, qui est aussi une des sources de la critique sociale de ce que les blablatistes des médias appellent savamment la « crise de la représentation politique ».
Christian Huguet lui-même, d’ailleurs, n’échappe pas à ce travers. Sur un registre assez proche, il veut en effet plus de souplesse, moins de normes, de décrets etc, alors que ses « électeurs » exigent toujours plus d’interventions publiques et de garanties juridiques et/ou financières, dans pratiquement tous les domaines couvrant leur vie, de leur naissance jusqu’à leur mort… Et que le « monde » administratif, juridique, financier, économique etc, dans lequel il agit est d’une complexité croissante…
Sur une seul point, cependant, je rejoins Christian Huguet. Oui, la démocratie se « joue » d’abord et surtout au niveau local ; et les maires, qui sont aussi des conseillers communautaires, notamment, ont à présent un rôle d’animation de cette vie démocratique au plus près des citoyens. Non pas au sens où l’entendent les gestionnaires de villages de vacances, bien entendu. Plus sérieusement, ils devraient être des pédagogues et des formateurs à la citoyenneté, expliquer la place et le rôle de chacune des institutions qui la font vivre ; exposer ce qu’il leur revient de faire, ou de ne pas pouvoir faire ; relever ce qui est de la responsabilité d’autres collectivités, et comment s’y faire entendre ; et, surtout, ne plus entretenir cette illusion qu’il suffirait de revenir à moins d’État et de normes pour sortir de la crise dite de la “représentation politique” dans laquelle nous ne sommes pas encore sortis – loin s’en faut…

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Commentaires (2)

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    phthoreux

    |

    Cher Michel, votre billet décrit des problématiques très actuelles, sources de contradictions troublantes comme vous le soulignez.
    A propos du Centralisme : il est un peu simpliste comme vous le dites de rejeter toujours la faute de ce qui ne marche pas à l’échelon supérieur et les maires cèdent trop souvent à cette facilité (ils ne sont pas le seuls…) Cela dit notre pays reste effectivement très centralisé. Le récent trompe l’oeil de la « suppression » de la taxe d’habitation en est une nouvelle preuve. Il ne s’agit en l’occurrence que de contrôler mieux par le pouvoir central ce qui est dépensé au niveau territorial. Ce n’est surtout pas une baisse d’impôt puis que le président a lui-même affirmé que les communes recevrait leur manne fiscale (à l’euro près)… Autre exemple que j’ai vécu professionnellement, en matière de santé : jamais la centralisation n’a été aussi forte à. Les Agences Régionales de Santé sont de coûteux mais inutiles paravents. Elles ne servent à rien d’autre qu’accentuer l’inertie des décisions, tout reste réglementé à Paris. Les Lois se succèdent, mais sur le terrain, les initiatives sont de plus entravées.
    La pléthore de normes : c’est une évidence hélas (il suffit d’observer le tsunami dévastateur des nouveaux textes de lois qui s’abat sur le pays chaque année) et les maires ont raison de dénoncer ces excès mais comme tous les politiciens, il y contribuent largement. Le fameux « choc de simplification » de Flamby est une chimère. Les citoyens eux-mêmes comme vous le soulignez ont leur part de responsabilité. Ils veulent tout et son contraire : être plus libres mais aussi plus administrés. Totalement incohérent.
    On en vient naturellement à poser, comme vous le faites en conclusion, la question du poids nécessaire de l’Etat. C’est là que je vous suis moins. Diminuer cette chape asphyxiante ne relève pas pour moi d’une illusion collective mais d’une impérieuse nécessité ! Le problème est de savoir comment faire pour faire reculer cet Etat-Providence solidifié par des décennies de démagogie et d’irresponsabilité. Comme le redoutait Tocqueville, le monstre a été enfanté par un système politique bien intentionné mais inconséquent. Le peuple se cramponne aux avantages qu’il croit acquis et plus on lui en fait miroiter, plus il en veut. Résultat : nous sommes désormais un pays où l’État administre, réglemente, protège, redistribue les richesses plus que nulle part ailleurs et personne n’est content. Faudra-t-il un séisme pour faire prendre conscience du problème ?

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    dumas

    |

    Sortir maintenant du débat !.. Voilà l’objet !..
    Fallait-il y entrer ?.. Vaste question !.. Car, quel est l’objet du grand débat?.. Autre question sans réponse. Sans réponse pour personne, pas même pour l’initiateur, puisque “la fête” continue pour les plaignants, si l’objectif fut un instant de les convaincre.
    En effet, comment comprendre qu’un projet politique que propose un candidat, fasse l’objet d’un choix majoritaire par la population et que, 2 ans passant, ce choix soit rejeté par une minorité, générant un grand débat, initié par le titulaire du projet, pour s’assurer que le projet était le bon.
    Où va-t-on ainsi?
    Il suffirait alors de faire valider ou invalider, tous les deux ans par un RIC, le projet initial et ainsi changer d’orientation au grès de l’humeur de quelques citoyens en colère contre la vie qu’ils se sont construite!..
    Chacun sait aujourd’hui, qu’une minorité peut déstabiliser un gouvernement élu démocratiquement, dès lors que les institutions n’offrent aucun relais démocratique possible, comme c’est le cas en France aujourd’hui.
    Il est urgent de clore le débat, sans changer le fond du projet pour éviter la chienlit à suivre.
    Quant au relais démocratique que devrait être le Maire c’est un autre débat!
    En effet, la stabilité sociale passe par l’éducation.
    Or l’éducation relève plus aujourd’hui d’un concept que d’un outil.
    L’origine, selon moi, qui fera bondir beaucoup de monde, date des lois de Jules Ferry sur l’école et de la loi de 1905 sur la Laïcité.
    Jusque là, pesait sur la tête des “chrétiens” le poids de leur Dieu.
    L’avoir effacé d’un trait de loi sans en transférer le poids exigeant dans la laïcité, si çà n’est par des principes démocratiques incompris voire rejetés, et des Lois Républicaines inapplicables ou contestées, conduit notre société au morcellement communautaire ou chacun fait sa loi.
    La suite me fait craindre le pire.

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