Chroniques

Je ne connaîtrai jamais le nom de ce joueur de bandoneon qui dans ce blockhaus…

 

 

J’ai d’abord aperçu sa tête. C’était celle d’un homme assis sous l’épaisse et lourde toiture en béton d’un blockhaus. Tout le haut de son corps semblait affaissé, comme s’il vivait au milieu d’un profond chagrin. Intrigué par cette présence insolite sous ce sinistre abri, je m’en suis discrètement approché ; jusqu’à ce qu’il pointe son regard et tourne ses épaules dans ma direction dévoilant ainsi entre ses bras le bandonéon sur lequel il pianotait un air grave et nostalgique. Nous n’avons pas échangé un seul mot. Il a repris sa pose, je l’ai écouté deux minutes et j’ai continué mon chemin. J’ai pensé alors au violoncelle de Pablo Casals, à la trompette de Chet Baker, à la voix de Johnny Hartman… J’aime ces atmosphères sonores. Elles s’accordent à mon tempérament ; et j’y puise, paradoxalement peut être, du réconfort et de l’énergie. C’était hier, un de ces moments sans importance aux yeux du plus grand nombre, sur la route bleue, entre la station de l’INRA de Pech Rouge et Narbonne Plage. Une route merveilleuse, sans voitures, qui longe le splendide massif de la Clape. Comment aurais je pu imaginer l’empruntant pour une nouvelle course y croiser un homme seul jouant du bandonéon… De lui je ne connaîtrai jamais son nom, mais son image et son air de musique sont définitivement accordés à ce lieu ; et lui donnent désormais à mes yeux – cela seul compte – , de la profondeur et de la beauté.

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Un 4 août

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Un commentaire

  1. Superbe….évidemment , j’ai reconnu le lieu et imaginé et ressenti ce que la chance que tu mérites a pu te procurer…
    Abrazo fuerte

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Contre-Regards

Ce que l’on voit quand on s’arrête. Chroniques brèves et photographies, par Michel Santo.