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par Michel SANTO

La France et Paris n’ont pas les moyens de J.O en 2024. | Contre-Regards.com

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Pour Jean-Pascal Gayant, économiste du sport, les JO sont une catastrophe économique pour les villes d’accueil. La ville de Rome en a  tiré les conséquences politiques ; et j’aurai aimé que les partisans de « Paris 2024 » et madame Hidalgo, plutôt que de s’en réjouir  en fassent autant. Comme si notre pays n’avait pas d’autres priorités sociales et économiques à régler ! Aussi, mon intention était d’exposer les raisons de mon désintérêt pour cet appel à la mobilisation à laquelle nos élites politiques et sportives ne cessent de nous inviter, à coups d’indécents  placards publicitaires, en faveur de la candidature de la Ville-Lumière. Mais la lecture récente de cette tribune de J.P Gayant, dans la Matinale du Monde – édition abonnés –  m’a semblé beaucoup plus pertinente que tout ce que j’aurai pu écrire sur ce sujet. Je la livre donc ici dans son intégralité.

A peine les Jeux olympiques (JO) et paralympiques de Rio étaient-ils achevés que la ville de Rome renonçait à sa candidature pour l’édition 2024. Les partisans de « Paris 2024 », qui doivent finaliser leur dossier le 7 octobre, ont alors affiché leur satisfaction, ravis de voir un de leurs principaux concurrents jeter l’éponge, plutôt que de s’interroger sur les raisons fondamentales d’une telle défection.

Pourquoi un processus d’évaluation guidé par la raison conduirait-il Rome à conclure qu’il convient de renoncer, et Paris à se ­convaincre qu’il faut persister ?

Les JO de 2016 ont été une grande réussite sportive. Mais ils laissent le pays organisateur face à ses difficultés économiques et sociales, comme la Grèce douze ans plus tôt. Maintenant que la fête est finie, le Brésil en est réduit à compter ses éléphants blancs, ses stades à la rentabilité introuvable, et à tenter de surmonter le traumatisme économique de ce supplément indigeste de dépenses publiques.

Perversité du format olympique

A Rio, l’audace architecturale de l’emboîtement des arenas cariocas 1, 2 et 3 – idéal pour la pIl serait bienvenu de mettre en balance les souffrances des peuples grec et brésilien et le « bon plaisir » de court terme des athlètes et des membres du Comité international olympique (CIO). Il faut repenser les JO pour les rendre plus vertueux. L’impératif est d’utiliser au maximum des infrastructures existantes, quitte à organiser certaines épreuves dans plusieurs villes et dans plusieurs pays, et quitte à allonger leur durée.

Il faut aussi tirer profit des différences de culture sportive pour optimiser la répartition géographique des compétitions, en localisant chaque discipline dans la ville disposant de l’infrastructure la plus appropriée pour l’accueillir. Il faut, enfin, allonger la durée des JO pour qu’ils se déroulent, comme les Coupes du monde de football ou de rugby, sur trente jours ou plus (ce qui ne pourrait par ailleurs que ravir les diffuseurs).

Déstabilisation des économies hôtes

Comme les économistes le démontrent sans relâche depuis plusieurs années, l’accueil des JO sous leur forme actuelle, loin de ­constituer un dispositif de relance de l’économie, s’apparente plutôt à un facteur de déstabilisation des économies hôtes.roximité géographique des épreuves –, et fierté des organisateurs, va devenir le symbole de la perversité du format olympique : les JO doivent se tenir en un lieu unique pendant une période extrêmement courte (seize jours).

Durant cette période, une profusion d’épreuves sportives se déroulent simultanément, jusqu’à l’indigestion : l’exigence indépassable est de garantir la proximité géographique des épreuves et des athlètes (dans le sacro-saint village olympique). Il s’agirait d’une nécessité « faisant le charme » des JO.

La fragilité actuelle de l’économie française ne permet pas de prendre le risque de se lancer seul dans l’aventure olympique en 2024 (et peut-être même simplement de s’y lancer). Tony Estanguet, coprésident de « Paris 2024 », ­remarque à juste titre que les JO de 2024 seraient aussi des « Jeux du centenaire ». Ceux de 1924 se tinrent en effet dans la capitale en hommage à Pierre de Coubertin, qui avait refondé le mouvement olympique. Une autre « refondation », en 2024, consisterait à accueillir les JO non seulement à Paris mais aussi dans d’autres villes de France et d’Europe.

Sortons d’une logique d’orgueil national et engageons une collaboration avec des partenaires européens pour porter une candidature conjointe, assortie d’une exigence non négociable d’allongement de la période de tenue des épreuves. Il est, en effet, également urgent que les Etats (et leurs contribuables) reprennent la main dans le rapport de force très défavorable qu’ils entretiennent avec le CIO.


Jean-Pascal Gayant : Professeur à l’université du Maine, économiste du sport, membre du comité scientifique de l’Observatoire de l’économie du sport.


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