Contre-Regards

par Michel SANTO

La Ministre de la Santé Agnès Buzyn excite “le monde du vin”…

   

Ouh là là, quel tintouin dans les chais, “les vignes” et les médias régionaux ! “Le vin est un alcool comme les autres” a  osé déclarer la ministre de la Santé, Agnès Buzin, sur la “2”. Et le “peuple” vigneron de s’enflammer à la lecture de ce titre dans le Midi Libre, assuré pour le coup d’un bon buzz. “Non, madame, le vin n’est pas un alcool comme les autres”, s’offusquent de bons esprits. Ah bon ! Que je sache pourtant, si sa teneur en alcool est plus élevée que la bière, et moins qu’un cognac, le vin appartient néanmoins incontestablement à la catégorie des boissons alcoolisées, non ? Oui, mais, s’échauffe un ancien député socialiste du cru au “chômage” sevré de sa dope politicienne : “Il est le fruit d’une Histoire, le ferment d’une culture, un élément d’identité. Le résultat du travail de femmes et d’hommes passionnés qui méritent notre respect. Celui que visiblement vous ne leur accordez pas, madame la Ministre”. Quand un responsable de Safer, plus terre à terre, invoque lui, sans rire, dans une équivoque métaphore, son rôle de “lubrifiant social” ; et qu’un important producteur du terroir, lyrique, chante dans un style hugolien une “plante séculaire”, une “tradition”, “un “patrimoine”, “un lien social qui magnifie le coeur des hommes”… Comme si le whisky écossais, le rhum de la Martinique ou le cognac des Charentes, notamment, ne pouvaient prétendre eux aussi à ces mêmes caractéristiques patrimoniales, culturelles et sociales ; à leur ancrage dans un terroir au point d’en forger, à travers l’histoire, l’identité, la légende… Ce qui me ramène au propos initial, en faisant observer à nos promoteurs de la vigne (j’aime me promener à ses abords, dans le massif de La Clape) et du vin (je le goûte, en solitaire surtout) qu’à user de ce genre d’arguments “civilisationnels” on ne se distingue en rien d’autres boissons alcoolisées, comme celles précédemment citées. De ce point de vue, donc, madame la Ministre a  raison. De sorte que le seul, et vrai, débat, porte moins sur la consommation de cette boisson alcoolisée que sur la quantité absorbée. Et l’abus de ce genre de “lubrifiant social”, comme d’autres, étant un véritable problème de santé publique, on ne saurait donc reprocher à la Ministre de la Santé de l’évoquer. Cela dit, la prudence s’impose dans l’exposé d’un diagnostic, surtout public et sous l’oeil de médias en constante quête de buzz. Le choix des mots, le tact importe dans la réception d’un message. Paracelse disait à peu près de “tout”,  que “tout” est poison et que rien ne l’étant, tout était dans la dose. Une médecine intellectuelle et politique dont devrait s’inspirer madame la Ministre et ses interlocuteurs régionaux… L’ivresse polémique nuit en effet à la santé d’un débat raisonné sur le vin, comme en toute chose d’ailleurs…

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Commentaires (3)

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    Jacques Molénat

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    A rebrousse poil des réactions convenues, hélas majoritaires, un propos à l’aune du réel. Et qui a le mérite de la franchise. Entièrement d’accord !

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    Forgues Henri

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    Mon cher Michel, c’est bien l’abus qu’il faut combattre, l’abus des alcoolique comme celui de toutes sortes d’extremiste , ceux qui confondent modération et prohibition, drague et harcèlement, protection légitime de l’environnement et mise sous cloche d’un pays.
    Le problème, c’est que ce sont ceux-là qui parlent le plus fort et quand ils s’invitent dans un débat comme celui initié par La ministre, ça peut faire de gros dégâts, pires qu’une consommation un peu excessive du vin! Surtout dans une société où l’on préfère la pensée unique à la réflexion intelligente. Tout le monde n’est pas Montaigne…Bon dimanche !

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