Contre-Regards

par Michel SANTO

Le savoir ne sert pas automatiquement le savoir.

     

    BACHELARD : La formation de l'esprit scientifique. Contribution

 

Je ne reverrai peut être plus cet ami. Ni ne l’entendrai. Chacune de ses « prises » de parole était pour nous asséner des phrases et des références apprises par cœur.

Il s’était fabriqué un masque d’érudit omniscient dans le vain espoir de cacher son profond vide affectif et ses échecs professionnels. Une quête désespérée de reconnaissance et d’admiration qui l’amenait toujours à projeter son ombre sur ceux là mêmes qui suscitaient et exaltaient des désirs trop longtemps refoulés. Un ami toujours dans la critique de quelque autorité qui ne fut pas la sienne et jamais dans la situation d’en exercer quelqu’une par un manque de confiance en soi chronique et une peur panique de « n’être jamais à la hauteur ». A cet ami que je ne reverrai peut être plus, je livre pour viatique estival ces deux pensées de Gaston Bachelard :

  1. « Notre esprit, dit justement M. Bergson [in La Pensée et le Mouvant, Paris, 1934, p. 231] a une irrésistible tendance à considérer comme plus claire l’idée qui lui sert le plus souvent. » […] Il vient un temps où l’esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit, où il aime mieux les réponses que les questions. Alors l’instinct conservatif domine, la croissance spirituelle s’arrête. (La formation de l’esprit scientifique, p.15, Librairie Philosophique J. Vrin, 1970)

  1.   […] c’est verser dans un vain optimisme que de penser que savoir sert automatiquement à savoir, que la culture devient d’autant plus facile qu’elle est plus étendue, que l’intelligence enfin, sanctionnée par des succès précoces, par de simples concours universitaires, se capitalise comme une richesse matérielle. En admettant même qu’une tête bien faite échappe au narcissisme intellectuel si fréquent dans la culture littéraire, dans l’adhésion passionnée aux jugements du goût, on peut sûrement dire qu’une tête bien faite est malheureusement une tête fermée. C’est un produit d’école. (La formation de l’esprit scientifique, p.15, Librairie Philosophique J. Vrin, 1970)

 

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