L’homme au long manteau noir était à présent poussé vers la sortie… (Fiction 2)

   

Gare SNCF de Narbonne.

     

Fiction 2.

Assise sur un banc encastré dans un des murs du hall, Marie laissait par moments son esprit vagabonder. Sa lucidité en dépendait. À cette heure matinale, la lumière froide des néons creusait d’ombres son beau visage. Il paraissait sculpté dans du marbre. Une grande force s’en dégageait, qui faisait douter de sa plasticité émotionnelle. Après des heures de planque devant un petit immeuble classé du centre historique, ses yeux embués manquaient de sommeil. Mais ignorant sa fatigue, par delà l’immense baie vitrée la séparant des quais, elle ne lâchait toujours pas son homme au manteau noir. Impassible, au centre d’une flaque de lumière jaunâtre, il semblait indifférent au passage des trains. Les heures tournaient à la grande horloge. La marchande de journaux avait levé son rideau de fer ; de nombreux voyageurs se pressaient ; des parents, des amis en attendaient d’autres. Tous portaient des masques. Deux hommes vêtus d’une blouse blanche se distinguaient au milieu de cette foule agitée. Ils se dirigeaient à vive allure vers les quais. Marie sentit alors toutes ses facultés intellectuelles et physiques brusquement s’éveiller. Ils allaient en direction du 1 et semblaient détendus. De sa place, hiératique, elle étudiait attentivement chacun de leurs gestes. S’apprêtant pour agir, Marie, debout, avait fermé son blouson, fait jouer ses muscles et vérifié ses appuis. L’homme au manteau noir était à présent poussé vers la sortie par ses deux anges gardiens, sans contraintes apparentes. Aucun des trois hommes ne portait une valise. Quand ils pénétrèrent dans la voiture stationnée devant l’entrée de la gare, Marie lançait au même moment un appel sur son téléphone portable…

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