Moments de vie : Un soir d’été dans la foule et le bruit…

   

Ve.26.7.2022

Moments de vie. J’avais oublié que, ce soir là, comme durant tout l’été de ce même jour de la semaine, la terrasse du café de la Paix déborderait de clients excités venus tout exprès se faire perforer musicalement (!) les tympans. Qu’ils puissent rester ainsi, pour la plupart assis, sans broncher ni crier « grâce ! », dans un boucan d’enfer orchestré par un trio d’amateurs de musiques celtiques, demeurera à jamais pour moi, en tout cas, une énigme d’une dimension quasi métaphysique. A moins de supposer évidemment une mutation anthropologique à laquelle j’aurais échappé et qui me rend, si je puis dire, définitivement « sourd » aux plaisirs acoustiques diaboliquement chargés en décibels dont s’affolent en meutes mes contemporains. Fort heureusement cependant, j’avais fini par conquérir au terme d’une manœuvre moralement condamnable, une table idéalement isolée, située dans la rue perpendiculaire menant à la prudhommie, pour nous mettre suffisamment à l’abri des tempétueuses rafales sonores de nos trois furieux, mais talentueux, il faut le dire, « musiciens ». Nous pûmes alors commander nos cafés d’après dîner sans forcer la voix pour nous faire entendre, comme nous le faisons habituellement après chaque repas pris à la « Petite Brasserie » de Stéphanie. Je n’étais pas peu fier de cette prise territoriale en retrait qui, finalement, nous a permis d’envisager sereinement la suite de la soirée ; soirée passée à l’observation distraite, amusée et ironique de nos « semblables » en vacances, désœuvrés, slalomant en familles entre les tables des « Vieilles Nouvelles » et du « café de la Paix » occupant toute la chaussée. Dans ces ambiances grégaires et bruyantes propres aux soirs lourds et chauds de juillet, je confesse avoir du mal à contenir des bouffées de tristesse quand se présentent à ma vue des enfants traînant leurs pieds, leur fatigue et leur ennuie derrière les pas lourds, le regard vide et le débraillé estival de leurs parents. Les voient-ils et se voient-ils comme je le faisait en cet instant ? En vérité je connaissais la réponse à ces questions tant elles s’adressent à ce qui en moi cultive ce goût de la solitude et du silence même au milieu de foules bruyantes et vulgaires . J’errais donc dans ces pensées quand, soudain, un petit homme étonnant, dans le genre artiste mondain un brin décadent est apparu dans mon champ de vision. Maigrichon, les cheveux blancs et longs tombant sur ses minuscules épaules, il portait un pantalon également blanc, mais douteux, et beaucoup trop large, sur la taille duquel flottait une chemise de peintre rouge sang. Il avançait en ondulant à contre-courant de la multitude, le sourire aux lèvres, avec un énorme cornet de glace tenu haut dans sa main droite. Il semblait le porte flambeau parodique d’un culte rendu aux dieux des loisirs de masse et du vacarme généralisé. C’est quand il s’est enfin assis sur une chaise miraculeusement libre à côté des nôtres que tout de son énorme cornet s’est affaissé mollement sur ses frêles cuisses de coq. Et ce petit homme alors de recouvrir patiemment ce désastre de son ample chemise rouge, tout en essayant, par de vains pompages et frottements hasardeux, d’en limiter les dégâts. La scène aurait pu être pathétique, mais le clin d’œil et le sourire lancés dans ma direction par ce porte flambeau imaginaire d’un soir, s’accordaient si bien à mes pensées, que je lui ai rendu sa politesse. En riant moi aussi…

 

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