Contre-Regards

par Michel SANTO

La société du divertissement.

 

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Depuis quelques semaines, on observe, sans vraiment s’y intéresser plus que de raison, la petite et vaine agitation politico-médiatique produite par l’annonce, aujourd’hui réalisée, d’un imminent remaniement ministériel. Trop tard, trop long, Borloo contre Fillon, Fillon contre Borloo… Bref, les commentaires ont plu et continueront à tomber encore pendant quelques temps. Inutiles et farfelus. Personne n’ayant voulu relever que Nicolas avait pourtant annoncé qu’il remanierait après la réforme des retraites. Ce qu’il a fait. Et qu’il continuerait sur la même voie. Ce qu’il vient de faire en renommant le premier ministre sortant. Tout, dans cette affaire, le fond comme la forme ressortit donc du non-évènement. Une sorte de vide politicien. Du rien néanmoins transformé par l’industrie médiatique, la vanité de quelques uns  et l’ennui de beaucoup en divertissement. Qui les occupe tous entiers et les dérobe à eux mêmes…

Eloge de la médiocrité.

 

Je feuillette un de mes nombreux carnets (remplis ou pas, de différents formats de poche…) dans lesquels j’ai pris l’habitude de consigner les livres à acheter ou à consulter, les idées récoltées aux terrasses de café ou à l’écoute, volontaire ou pas, d’une radio, les tics et phobies de mes « amis » internautes, les miens aussi, quand ils me sont gentiment rapportés. Il porte en couverture et en titre : « Tour de France 2008, du 5 au 27 Juillet » et en accroche :  » Le Tour toujours « . Attribuant ainsi, de façon tout à fait inattendue et salutaire, un statut un brin dérisoire à des notes pourtant emplies de sérieux. Les premières de la première page (pas de date !), je les ai pêchées chez Renan (Pensées de 1848 : l’avenir de la Science), qui affirmait  » Ma religion, c’est le progrès de la raison, c’est-à-dire celui de la science « . Pour, vingt ans plus tard, nous dire :  » Notre siècle ne va ni vers le Bien, ni vers le Mal ; il va vers le Médiocre.  » Avouons que des générations d’êtres humains du vingtième siècle, broyées par l’histoire au nom d’idéaux se réclamant du Bien, se seraient satisfaites de cette « médiocrité » envisagée par Renan ; une « médiocrité » dont je me demande, aujourd’hui, si, finalement, elle n’est pas le meilleur des remparts contre toutes les tentations totalitaires et totalisantes (1).

(1)  L’extrême esprit est accusé de folie, comme l’extrême défaut ; rien que la médiocrité n’est bon. [Pascal, Pensées]

A chacun sa Chimère.

 

Il est des auteurs qui finissent toujours par ressembler à quelqu’une de leurs créations. Ainsi de ce Dominique, qui, tous les jours, se place aux extrémités de tous les toits médiatiques pour y clamer la haine de ce Nicolas. Comme une gargouille dont il fit du cri le titre d’un de ses essais. Une gargouille qui prend la pose et surjoue. Comme cette Chimère de Notre-Dame qui, penchée vers le sol, semblent se repaître du spectacle des turpitudes de l’humanité.

Priez et se taire?

 

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Mardi 2 novembre, vers 18h30, alors que Bruno Garrouste célébrait la messe pour les défunts dans l’église du quartier sensible du Viguier à Carcassonne, deux jeunes adolescents d’origine maghrébine sont entrés dans l’église et ont lancé des pierres sur les fidèles qui participaient à l’office. Une profanation qui a laissé de marbre les autorités publiques locales. Mais qui les auraient certainement jetées dans la rue en même temps que l’information propagée sur l’ensemble des chaînes de télé et de radios nationales si elle avait eu lieue dans une mosquée. Ainsi va le filtre médiatique qui, de deux faits sociaux parfaitement identiques, fait de l’un un banal incident de quartier et de l’autre un odieux sacrilège raciste. Du premier, un vague et inutile bruit de fond et, du second, une forte et très rentable information. Une forme de discrimination positive bien à la mode dans les milieux « progressistes » qui assimilent encore l’Eglise et les chrétiens à la classe dominante. Une discrimination validée par des médias pour qui  le jeune musulman de banlieue opprimé est en effet plus vendeur sur le marché de l’indignation morale que le chrétien «  caillassé » du même quartier. Ne resterait-il , pour ce dernier, sur le parvis du droit à la dignité, que celui de prier? Et de se taire ?…

Cimetière.com!

 

 

 

 

C’était dans le cimetière de Bages. Un joli petit cimetière aux tombes bien entretenues. Un jour de cette semaine, par un bel après midi ensoleillé. Un cimetière couvert de fleurs et plein de vie. Celle de familles se croisant et se parlant comme si elles ne le pouvaient plus ailleurs. Des éclats de rires aussi, venants de derrière un cyprès. Ou d’une chapelle, porte ouverte. C’est au coin d’une allée que je l’ai rencontré. Fatigué, courbé par les ans. Un panier à la main rempli de tout son matériel de jardinier. Terreau, sarcloir, bouteille d’eau et un peu d’engrais. Perdu et épuisé. Je lui ai proposé mon aide et nous avons bavardé jusque devant la tombe, qu’il n’aurait jamais trouvée me dit-il. Sur la stèle, des noms italiens. Les seuls en ce lieu. Des vies qu’il m’a racontées le sourire aux lèvres. Le bonheur de les dire pour l’amour qu’il leur porte.

 

Plus tard, repensant à cette étrange communion des vivants et des morts dans une ambiance sereine et joyeuse qui m’a rappelé celle du cimetière de Séville où les andalous se promènent en famille le dimanche, m’est revenu à l’esprit cette annonce d’un cimetière virtuel. Un cimetière sans terre et sans ciel. Sans âme. Avec sa boutique et ses tarifs. Un cimetière où se croisent des signes et des images. Plates. Sans profondeur. Où la mort semble communier avec la mort. Un monde lisse et glacé comme la préfiguration de celui à venir. Un monde sans amour et sans les mots pour le dire. Sans les mots et l’amour de ce Monsieur Gentili qui, les disant par ce bel après midi de cette semaine, m’a fait l’offrande d’un instant de bonheur.

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