Par instants, la vie n’est pas sûre…

       

Le ton et les thèmes de campagne de Marine le Pen et d’Éric Zemmour, me rappellent ceux d’une époque où convergeaient, venant d’une certaine gauche et d’une certaine droite, une critique sans concession du libéralisme économique et politique, la promotion d’une économie administrée et planifiée, un anti-américanisme de principe, une glorification patriotique délirante, la peur de l’ouverture au monde… Un climat politique, anxiogène, malsain, violent et dangereux que nos éditorialistes, commentateurs et dirigeants de partis, semblent ignorer, tant ils me donnent l’impression d’être devenus totalement sourds et aveugles. Plus dangereuse que son père et Zemmour, en effet, cette dame l’est, car elle incarne la parfaite synthèse de thèmes et de propositions qui nous replonge dans les années 30, – en nous faisant revivre une histoire idéologique à l’origine du concept de Révolution Nationale appliqué en 40-44. Les mots sont différents, certes ! Mais le fonds « culturel » et « politique » est le même. Et d’un tel « rapprochement », s’en étonner, s’en scandaliser et me le reprocher, comme certains ne manqueront pas de le faire, serait méconnaître pourtant une réalité historique, souvent occultée, qui vit durant l’Occupation allemande des anciens de la SFIO, des radicaux et quelques syndicalistes trouver dans la Révolution nationale des combats menés par Jaurès… Comme un Philippot, aujourd’hui, prétendant venir du mouvement créé par Jean-Pierre Chevènement, ainsi qu’un gros tiers des électeurs de premier tour d’un Mélenchon se déclarant prêt à voter pour une Marine Le Pen au second. Le plus tragique, dans ce contexte infernal de grande démagogie, est de voir toute une partie de l’opinion et des médias « regarder ailleurs », persuadée que la candidate du FN, sera bien au second tour, mais qu’elle ne pourra jamais être élue. Critiquer et combattre son « projet » et son « programme » serait donc inutile, chacun des autres candidats à la présidentielle préférant concentrer ses « tirs » sur celui dont la probabilité d’arriver en tête au premier tour, le Président sortant Emmanuel Macron, était la plus élevée. Un cynisme politique doublé d’une manipulation générale des esprits, qui laisse ainsi à une Marine Le Pen un vaste espace politique dans lequel elle semble se « promener » en toute tranquillité. Comme je viens de la voir faire, sur une grande chaîne de télévision. Sereine la dame ! Des images qui m’ont poussé à rejoindre mon bureau pour jeter sur mon écran d’ordinateur ces quelques lignes. Plus d’humeur que d’analyse, j’en conviens…

Mon intention première était pourtant de me replonger dans la lecture de l’admirable récit de Robert Bober : « Par instants, la vie n’est pas sûre ». Hier soir, tard dans la nuit, j’ai relu cette note (pourquoi ? Je n’en sais rien ! ) , qui, peut-être, par réminiscences, est à l’origine de ce billet bien sombre, j’en conviens : « En 1947 eut lieu le premier événement véritablement populaire d’après-guerre : le Tour de France cycliste. La « Grande Boucle » allait faire le tour de toute la France. L’événement est important. Il est tellement l’exacte représentation de l’après-guerre que la Metro-Goldwyn-Mayer a envoyé pour le couvrir un opérateur d’actualité : Gilles Bonneau. C’est la 13e étape. Montpellier-Carcassonne. Le 10 juillet. Je m’en souviens parce que c’est le jour anniversaire de ma mère et de mon jeune frère Henri. Gilles Bonneau a installé sa caméra à l’entrée du port de Sète et il attend le passage des coureurs. Et il a soudain le sentiment qu’il se passe derrière lui quelque chose d’insolite. Des hommes, des femmes, des enfants descendent d’un convoi de camions bâchés et se dirigent vers un bateau amarré à quelques pieds du môle. En bon professionnel, l’opérateur retourne sa caméra et filme. Il ne sait pas encore qu’il est en train de filmer une opération clandestine et ne mesure pas l’importance historique de l’événement. Le paquebot s’appelle le President Warfield et l’événement sera bientôt universellement connu sous le nom d’EXODUS. » (Je suis né cette année-là, dans cette région.)

                 

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Commentaires (1)

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    Martinez

    |

    Mon cher Michel merci pour cet excellent billet . Si j’ai bien compris tu ne partiras pas en croisière avec Marine. Bonne journée.

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