Contre-Regards

par Michel SANTO

Principes de sagesse et de folie à l’usage de ceux qui les ignorent…

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Je reprends ici, in extenso, la « critique » de mon ami blogueur Argoul (son site est ici ) du petit – 122 pages à peine – mais passionnant, livre de Clément Rosset: Principes de sagesse et de folie. Un peu de respiration philosophique, en compagnie d’Horowitz à l’écoute, ne peut pas faire de mal en ces temps troublés…

Voici un philosophe du réel, qui se méfie de l’illusion. Il croit avec Parménide que «ce qui existe existe, et ce qui n’existe pas n’existe pas».

L’être humain est condamné à la seule réalité : être, c’est ne rien être d’autre, exister ici et maintenant. Il ne peut changer les choses, faire que ce qui est advenu n’ait pas eu lieu. «Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?» se lamente Géronte, dans Les Fourberies de Scapin.

Le tragique est de s’apercevoir de l’enchaînement des conséquences – mais trop tard- et de l’accepter, puisqu’on ne peut pas faire autrement. Le sentiment de l’existence est «un coup de foudre , le «sentiment fulgurant d’une présence».

Clément Rosset analyse trois modes d’appréhension affective de l’existence : la nausée, la jubilation, la surprise.

Le sentiment de nausée est illustré par le mal de mer : il est intolérable et impossible à faire cesser à brève échéance. Cet aspect fâcheux de l’existence conduit à condamner l’existence entière, à désirer ne jamais être né et que le monde même ne fut point advenu. Présomption vaniteuse qui fut celle de Sartre ; elle n’est pas celle de l’auteur – ni la mienne.

Le sentiment jubilatoire consiste à se sentir pleinement exister, dans les bons comme les mauvais moments, et à sentir exister les êtres et les choses autour de soi. Cela constitue un plaisir pur, une «dégustation d’existence» (quel joli terme !). La jubilation ne convoite ni l’ailleurs, ni un autre temps mais le seul ici et le maintenant. Aristophane, Rabelais, sont dans ce cas. C’est le sentiment de l’auteur, avec qui je le partage tant il me semble être celui de la sagesse.

Le sentiment de surprise est de découvrir l’insolite dans l’existence. L’insolite se définit par une étrangeté radicale, l’appartenance à un monde parallèle qui tranche et jure avec le monde dans lequel la chose insolite est plongée. L’existence est ainsi une stupeur d’exister. Étranger et émerveillé, le sujet développe l’humour, qualité qui n’est pas native. Rares sont les tempéraments portés à l’humour, et combien précieux pour jeter un regard neuf, comme d’enfant, sur le monde.

Le miracle grec, pour Clément Rosset, a consisté en ce moment privilégié où les réel était accepté et suffisant : «l’adéquation de soi à soi, la reconnaissance lucide et approbative de l’existence humaine.» Vertu qu’il repère aussi chez Nietzsche qui, pour cela, n’était pas «Allemand», c’est-à-dire pétri de cet idéalisme romantique nostalgique d’un paradis irrémédiablement perdu et que le nazisme voudra retrouver dans la race, celui où l’homme était en rapport direct et immédiat avec la nature, le cosmos, le grand tout.

Nietzsche jubilait d’exister, assumait sa condition éphémère et incertaine. Cette force joyeuse, il l’appelle « dionysiaque » et en fait la source de « l’élan vital » de la « volonté de puissance ». Cette force qui vient du dedans n’est fondé sur rien d’autre que sur son propre mouvement, un « premier mouvement, un oui à la vie ». Hic et nunc.

En ce sens, je me sens profondément grec.

Moi aussi! est-il nécessaire de le préciser?

Clément Rosset: Principes de sagesse et de folie, 1991, éditions de Minuit, 122 pages, €8.58 broché ou €9.49 format Kindle. Son site est ici

Horowitz: 7 heures et plus de pur bonheur

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