À vue.

Le pouvoir rassure de loin.
Il donne l’illusion d’une main ferme, d’une carte tenue droite, d’une route tracée.
De près, c’est autre chose.
Couloirs. Téléphones. Urgences.
Une décision en chasse une autre.
On ajuste, on corrige, on recule d’un pas pour tenir debout.
Le monde déborde. Trop vite. Trop dense.
Aucune carte n’y suffit.
Alors on improvise.
On appelle cela stratégie.
Le citoyen, lui, préfère croire à une vue d’ensemble.
Une hauteur.
Quelqu’un qui sait.
Mais là-haut, sur les passerelles, le vent se lève aussi.
Il secoue les certitudes.
Il déplace les lignes.
On tient la barre comme on peut.
Parfois on la lâche un peu, sans le dire.
Le cap ?
Il vient après.
Et souvent, il change en chemin.


