Rencontres et souvenirs attachés à la Maison Médicale de Garde de Narbonne…

 

 
 
5h 30, ce matin ! rêveries autour d’une « cafetière » de café avec ces images de ma dernière sortie – de plein air et active – qui date de samedi dernier ; images persistantes et noyées dans mes habituelles lectures matinales de trois ou quatre textes brefs de Perros ou de Thomas, Grenier… notamment. Des images dont je ressens le besoin, à présent, de les mettre en mots ; de les fixer dans le temps. Ce samedi matin là, disais-je, il fallait que je me rende impérativement à la maison médicale de garde, heureusement proche. Une angine sévère, qui m’avait fait passer une nuit blanche, en était la raison. Depuis, je n’ai, hélas ! pas mis les pieds dehors – l’angine enfin éteinte hier, l’aphonie a malheureusement pris la suite. Je dois donc pour un certain temps encore rester au chaud : il me faut éviter une récidive. Car aux dires rares et discrets du médecin de service qui m’accueillit froidement ce jour-là, elle serait redoutable. Ayant déjà connu ce genre d’indisposition violente, j’ai donc suivi jusqu’ici les conseils de cette dame d’un âge disons avancé, longue et très mince, à l’allure sévère et aux gestes lents . Couverte de sa blouse blanche, elle portait professionnellement son masque anti-covid et le reste de son visage disparaissait sous de banales lunettes démodées qu’effleurait une large frange de cheveux grisonnants. Un air d’austère et inquiétante fragilité se dégageait du personnage. Afin de réchauffer notre relation et d’adoucir le climat, qui régnait dans son cabinet, j’entrepris de lui raconter, malgré mes difficultés d’élocution, un peu de l’histoire de cette maison médicale ; et de lui faire, pour commencer, l’aveu que ma précédente visite en ce lieu datait de mon enfance – je devais avoir huit ou neuf ans. C’était alors un bâtiment municipal où je venais prendre une douche en famille dans des cabines étroites et surchauffées. L’atmosphère était saturée de vapeur d’eau ; et l’ambiance joyeuse et animée, surtout pour des enfants habitués au seul lavage – complet – dominical devant l’évier de la cuisine, dans de grandes bassines d’eau tiède. À ces mots, tout un univers se présentait à mon esprit, qui dépassait largement l’enceinte de ce cabinet pour s’étendre à celui de tout un quartier, de toute une époque. Je sentais bien cependant que la personne à qui je m’adressais, penchée sur son bureau, ne m’écoutait pas. Et quand elle ouvrit enfin la bouche, ce fut seulement pour me demander d’un ton bas et las, ce dont je souffrais. C’est ainsi qu’il fut mis fin à cette évocation d’un passé dont je pensais qu’il pouvait donner un peu « d’âme » à notre relation, et de vraie vie à ces murs nus et froids. Nous nous sommes quittés de la même manière : distante et glaciale. Mais il était écrit que je ne sortirais pas de cet établissement de santé sans voir un visage souriant, entendre de douces paroles. Elles Elles me furent offertes par la jeune femme de l’accueil qui, au moment, de régler ma « facture », m’a timidement demandé si j’étais bien le « monsieur qui écrit dans son blog… qu’elle me lisait régulièrement … qu’elle habitait le village de Sallèles … qu’elle goûtait mes petits textes »… En la quittant, je songeais qu’il suffisait de quelques mots, d’une figure avenante, pour oublier les désagréments d’une première rencontre ; ne plus penser à son mal de gorge persistant, et raviver ainsi d’heureux souvenirs d’enfance. J’ignore le nom de cette jeune femme ; je ne connais d’elle que ces quelques minutes d’une trop brève conversation. Si elle me lit aujourd’hui, qu’elle sache cependant qu’elle habite à présent ma mémoire ; et que je ne pourrais plus raconter cette histoire sans penser à elle…
 
 
 

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Commentaires (2)

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    Aubut

    |

    Mes compliments Monsieur Michel Santo.C’est toujours un plaisir de vous lire.Les angines n’ont rien d’agréable ;Il fut un temps,quand j’habitais à Narbonne où j’en avais fréquemment.J’en suis débarrassé curieusement depuis que je me fais vacciner contre la grippe….y-a-t-il un rapport ?

    • Avatar

      Michel Santo

      |

      Merci ! Mais, dîtes-moi ! où donc habitez-vous pour ne plus en souffrir ? …

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