Contre-Regards

par Michel SANTO

Sur le cours Mirabeau, en revenant des Halles, j’ai croisé quelques ombres ; des masques aussi…

 

     

Il est 10h 45 ! Lavé, rasé, habillé et chaussé, je déplis mon attestation de déplacement dérogatoire, coche la deuxième case, la date, la signe ; prends la porte et descends l’escalier pour aller faire mes « achats de première nécessité ». Aux Halles, là tout près. La rue en bas est déserte, et le ciel très bleu. Un vent marin, un brin frisquet, pousse une canette de bière. Allant en tous sens sur la chaussée, elle fait un bruit épouvantable, tandis qu’un mouchoir en papier froissé la survole en tourbillonnant. Au pied des containers d’ordures ménagères enterrés, gît le lot habituel d’objets divers, abandonnés ; un paquet de cigarettes vide et, sans doute – je ne l’ai pas vérifié –, des petits tas de crottes de chiens décorent la pelouse voisine. Me voilà rassuré par tous ces signes de civilité. La vie continue donc ! Reste à parcourir les cents mètres environ qui me séparent des Halles. À peu de choses près, la totalité du cours Mirabeau, qui m’amène jusque devant son entrée. Mirabeau ! Un « social-traître » ironisait récemment un de mes amis. Mort trop tôt, il n’a pu recevoir l’onction de la guillotine : dépanthéonisé seulement ! Depuis on recherche son corps. Je disais donc que devant l’entrée des Halles m’attendait une très très longue queue. Que j’ai sagement prise, pour me retrouver sous le coq du monument aux morts – Étrange impression ! Sur le côté, un homme d’un certain âge, habillé conventionnellement. À ses mimiques hypocrites, je devine celui qui toujours essaie de gagner quelques places, comme devant une salle de cinéma. Il comprend vite cependant que ce n’est ni le jour ni le moment. Il se redresse, et, lâchement, quitte les lieux. Plus tard, du parvis que je viens de quitter, un cri m’accompagne sur quelques pas, pour s’épuiser et mourir dans le brouhaha du hall où je fais à présent mes courses. En commençant par la jeune boulangère. Elle habite le village où vécurent longtemps mes parents. Son flan maison est une merveille ! « Mais que c’est difficile pour rester à flots », me dit-elle… La marchande de fruits et légumes, ensuite, qui toujours me salue d’un franc sourire. Et les autres que je verrai demain. La vie est là, dans cette petite société active et colorée qui malgré tout reste debout. Qui sait ce qu’elle demande d’énergie et de confiance. Sur le cours Mirabeau, m’en revenant nostalgique, je n’ai plus croisé que quelques ombres. Des masques aussi…

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Commentaires (4)

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    Ducalme

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    En te lisant comme toujours avec attention , toi qui me permet de vivre de loin la vie narbonnaise ,à la fin de ton article , j’ai sursauté au superbe final digne du “piéton de Narbonne” tellement attentif et sensible aux êtres et à autrui . Puisse la médecine et la chance ne pas te faire rencontrer très prochainement plus d’ombres sur ton cours Mirabeau.
    Abrazo fuerte

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Merci pour ta lecture attentive, mon ami ! Si tu savais ce que j’endure sur ma page Facebook du fait de fieffés et compulsifs imbéciles. Ils ne sont heureusement que deux ou trois à commenter mes posts. Mais alors, d’une grandiloquence dans leurs crtitiques. Et ça dégouline de bons sentiments étalés à la louche. C’est d’une obscénité ! Enfin… Abrazo fuerte tambien !

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    EJARGUE

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    👏👏Merci Mr SANTO c est finement ecrit !! J aime bcp cette facon de nous faire decouvrir les choses simple qui sont a nos pieds et auxquelles nous ne faisont plus attention!! Merci pour ce petit clin d oeil💞

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    zahida benhadj

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    Je reprends cette petite promenade, dérogation en poche, au moment de la sieste où seuls déambulent les pauvres SDF, le regard hagard, le ventre affamé, n’osant sortir un bout de croûton que pourraient leur disputer les volatiles crevant la dalle et devenant agressifs à l’appel de l’instinct de survie….
    De moins en moins d’ombres, presque plus de masques…..
    Narbonne…..

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