Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique du comté de Narbonne.

Ah ! mon oncle, cet hiver froid et venté n’en finit plus d’aiguiser nos nerfs. Il est temps que viennent enfin nos douces et enivrantes nuits d’été ; que chantent les grillons dans nos jardins ; qu’y froufroutent toutes jupes dehors les élégantes ; qu’y bruissent médisances et potins ; qu’y jaillissent vins rares, rires et mets ; et qu’y pétillent jeux de mots et d’esprit. C’est sous un beau ciel étoilé d’une de ces joyeuses soirées que j’aurais eu grand plaisir à te narrer la guerre des « roses » lancée par le Prince (dit le petit) de Gruissan, mais ton impatiente curiosité, disons, philosophique m’oblige à t’adresser cette courte missive rédigée à la bougie, dans le froid et l’humidité de ma bibliothèque… Tu te souviens, peut-être, du sieur Etric de Pandrieu, qui s’illustrât naguère en portant le fer contre feu le Roi de Septimanie, Gorge Raîche, son maître, pour finir nu, battu, sans offices et sans armée dans ses terres arides et sans âmes de Mouthoumet ? Tristes et sombres terres, à l’image de ce grand destin brisé auquel semblaient le destiner les oracles de mystérieux sorciers qui y vivent à l’écart du monde; des « Parfaits », dit-on ! Eh bien, cet Etric, qui dispose encore des mousquetaires du parti floral en terres audoises, vient de lancer une première offensive contre le Petit Prince de Gruissan, le sieur Bodorniou. Sans bruits de cornes, de cymbales et de tambours, toutefois , pour la mettre en musique et rassembler ses troupes; un petit concerti de flûtes et de pipeaux donné aux gazetiers de la paroisse lui a semblé suffisant. « Déloyal et incompétent ! » chante-t-il de sa voix aigrelette, qu’il « tire » vers des notes plus graves en se haussant sur la pointe des pieds. Déloyal, certes, certes, mais comme le furent tous les petits et grand seigneurs des Etats du Languedoc contre  la Grande Duchesse Bobrie de Lille, la froide et acariâtre générale en chef du parti de la « rose »! Mais laissons cette « fleur » de la rhétorique courtisane à la crédulité des chastes « claques » partisanes : « Qui est souvent à la cour du roi, finit toujours par trahir ses amis. », n’est ce pas, mon oncle ? Et puis, je te le demande, toi qui fréquente cette prétentieuse aristocratie à la cour du Roi de France, de quelles compétences sont donc faits leurs bagages ? Ne sont ce pas de ces hommes bornés, que le hasard a mis à la tête des autres, et qui ne consultent que leurs préjugés et leurs fantaisies ? Et notre Jacques de Labatout, en détiendrait-il quelques unes que nous ignorerions? J’ai beau tourner la tête à tous les vents, je ne vois et ne rencontre d’habitants de Cité ou de Bourg, vilain ou bourgeois, manant ou maçon, qui ne se plaignent de son impuissance à gérer les affaires du Comté, qu’il veut toujours plus grand, ne cesse-t-il de dire ! Même dans les tavernes, où s’échauffent le bon peuple et quelques uns de ses amis, aux premiers rangs desquels son Conseiller aux affaires économiques, le sieur Triston Lemy, la vague y grossit de sa dernière mésaventure provoquée par la moitié, ou presque, de son conseil, qui a pris le parti du sieur Bodorniou contre sa propre favorite, la Marquise de Fabre. Je ne suis pas sur cependant que tu connaisses cette dame tant sa discrétion n’a d’égale qu’une vêture sans panache et clinquantes afféteries. L’interminable fréquentation des bureaux des Sieurs Bourteau et Labatout, lui a donné cette pâleur de teint et d’allure, que les dames de la Cour et leurs favorites moquent en minaudant sous leurs éventails de satin. Naïve et toute aussi distraite, la Marquise arpente déjà des campagnes clairsemées pour annoncer à ses électeurs hébétés qu’ils méritent un parlementaire à temps plein ; comme elle ! Un coup de pied de l’âne, si je puis dire, botté, pointu et innocent (l’innocence n’a pas de sexe, mon oncle !) dans le derrière fessu du Comte de Labatout…C’est donc cette Madame de Fabre, et tout ce que compte de seigneurs, petits et grands, le Grand Comté de Narbonne conduit par le sieur Labatout, que le Prince de Gruissan, qui en était mais n’en est plus, du parti de la « rose », va devoir sabrer sans aucune pitié. Dans cette campagne, il y aura des pièges pour hommes, comme on en met aux loups… Ah ! mon oncle, que d’intérêts et d’ambitions que cette rose, à elle seule, ne peut plus masquer ; que de pétales tavelés ! En ce temps de Carême, que ce si bel emblème du cœur du Christ, ce symbole des plus hautes vertus de l’amour puisse ainsi fleurir drapeaux, casques et tambours me remplit de désespoir. « Les vertus se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. », mon oncle, me disais tu, certains soirs d’étude ; t’en souviens-tu ? Oui, la vie est un théâtre d’ombres ! Comme celles qui envahissent ma pièce d’écriture laissant à la seule flamme vacillante de ma bougie la force d’en pénétrer les secrets. Le temps des rêves est venu : celui des pensées qui vont à sauts et à gambades. Libres et fantasques, folles comme le vent…

Bonne nuit mon oncle, qui me lirait sans doute un beau et clair matin…

PS : Je n’ai toujours pas vu, dans les rues de Narbonne, le crâne dégarni et la petite queue de cheval de l’ex gazetier en chef de « Tirelire » depuis la prise de ses nouvelles fonctions. De la Natte porterait-il désormais un chapeau à plumes ?

 

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Commentaires (1)

  • raynal

    raynal

    |

    Tu as vu ?On va scruter les photos des réunions pour y débusquer les traitres a la cause…

     »l’oeil etait dans la salle et regardait Cain »

    Les temps sont difficiles pour le militant de base.

    Faudra t’il donc que ces braves camarades arrivent grimés et maquillés sur les territoires du félon…?

    Le gang des postiches après le conclave des potiches ?

    Tel que tu me vois, je suis haletant et attends avec impatience la suite de la saga.

    Ce sont de petites joies mais cela rend la vie bien douce quand on n’est, comme moi, qu’un petit retraité ne  disposant que de peu de moyens pour profiter de distractions

    C’est super, continue.

    A toi.

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