Contre-Regards

par Michel SANTO

La cage de verre serait donc l’avenir de l’individu démocratique !

 
 

Je réécoute « L’énigme Ferrante : en quête d’auteur », un documentaire diffusé sur France Culture, le 8 janvier 2017.  Elena Ferrante est un auteur fascinant, un phénomène d’édition. Pour son premier roman, elle avait choisi un pseudonyme pour s’extraire du système médiatique.

Un anonymat voulu comme un choix politique, à l’heure où l’injonction à la transparence est à son apogée.  Mais un secret scandaleux à l’heure de la perversion démocratique, où l’on exige de tout connaître de tous ceux qui exercent un semblant de pouvoir ou d’autorité, politique, intellectuelle ou sociale. Ferrante n’a pas échappé à cette « chasse » démocratique, laissant libre cours à tous les fantasmes, les rumeurs et les enquêtes visant à dévoiler sa véritable identité – à présent connue. Car il est interdit d’être « prince dans la foule » (Beaudelaire) dans nos sociétés modernes ; de vivre sans cachette, sans terrier (Kafka) ! Une terrifiante perspective totalitaire pourtant pensée par de doux apprentis sorciers comme l’aboutissement d’un principe égalitaire jusqu’ici dévoyé par des dominants embusqués. La cage de verre serait donc l’avenir de l’individu démocratique, qui signerait pourtant la fin de toute vie… et de la littérature. À l’exemple de Ferrante, construisons donc de douces cabanes pour y vivre – et lire ! – dans le secret de nos intimités et résister ainsi à cette forme de totalitarisme doux et pernicieux qui nous menace…

 
 

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