Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique de Narbonne et d’ailleurs: le Tourisme n’est pas et ne sera jamais un moteur de croissance en Languedoc-Roussillon…

Unknown

Aujourd’hui dans « le Monde.fr », un dossier: « Quelles régions de France bénéficient le plus du tourisme ». On y apprend qu’Ile de France, Rhône Alpes et PACA captent la moitié des revenus du tourisme.

De quoi relativiser la place et l’importance du Languedoc-Roussillon, en France, dans ce secteur d’activités. Mais ce qui m’amène à rédiger ce billet n’est pas ce classement, c’est la grossière erreur de méthode du rédacteur de cet article qui consiste à rapporter les revenus du tourisme au PIB d’une région pour titrer par exemple que: « la Corse doit un tiers de son PIB à la consommation touristique ». Et transformer au passage des revenus de consommation en valeur ajoutée. Du grand n’importe quoi!

Allez, soyons sérieux! et sortons notre boîte à outils et essayons de comprendre la place réellement occupée par l’économie du «  Tourisme » dans notre région.

Commençons donc par le définir, ce secteur du « Tourisme ».

Contrairement au sens commun, ce n’est pas une branche d’activités homogènes mais un agrégat de branches assez disparates :  commerce , hôtel, restaurant, construction… avec des entreprises classées dans le « Tourisme » en fonction de leur localisation.

Exemples : un supermarché du centre ville d’Alès ne sera pas considéré comme relevant du tourisme alors que celui installé à Narbonne dans la  direction des plages l’est …  ; un bureau de tabac et un restaurant de Gruissan aussi, mais pas ceux du centre ville de Quillan.

Sa contribution à la richesse régionale, ensuite, est loin, très loin des discours officiels. Le ratio souvent présenté des Revenus du tourisme sur le Produit Intérieur Brut régional est en effet un trompe l’œil qui ne permet pas de mesurer la richesse apportée par les «consommateurs» du tourisme régional dans la richesse totale produite en région.

Un exemple parmi cent, celui du touriste qui achète une bière de 3 euros et qui, se faisant, « enrichit » au final le producteur de houblon, celui de levure et le fabricant de bouteille et de bouchons. Tous situés à l’extérieur de la Région!

En réalité, il ne faudrait retenir que la seule marge de 1 euro du tenancier et non son revenu pour la rapporter au produit intérieur brut régional; et encore , à la condition  qu’il réside en Languedoc-Roussillon et non en Andorre …

En termes d’emplois, il n’est pas besoin de développer non plus sur le caractère saisonnier du « Tourisme ». Les entreprises y raisonnent en emplois tendus, et les conséquences sont bien connues : intérim , faibles qualifications, conditions de travail difficiles etc…

Enfin, de l’autre côté de la balance du « Tourisme », il y a les dépenses payées par l’impôt des résidents permanents pour financer les réseaux et les infrastructures : eaux, assainissement, ordures ménagères, entretien des espaces naturels et des équipements publics etc…

Comme on peut le constater on est loin de l’image d’Epinal d’un Tourisme  moteur de la croissance régionale .

Autre remarque ! Depuis 15 ans, on entend le même discours incantatoire sur la nécessité d’allonger la saison touristique, alors que les courbes de fréquentation sont quasiment identiques. Et pour cause, cet allongement, en effet, ne se décrète pas, surtout pour le tourisme de masse sur le littoral. Outre les caractéristiques climatiques de notre région, le comportement des touristes dépend de facteurs socio-culturels sur lesquels les opérateurs du secteur, régionaux , n’ont aucune prise : fractionnement des séjours, vacances scolaires etc … À l’inverse du tourisme urbain de proximité, plus diffus, qui , lui , échappe à ces contraintes mais , paradoxalement, n’est ni promu, ni soutenu … pas assez en tout cas ! 

Alors, disons le tout net, parier sur ce secteur pour en faire le vecteur de croissance du Languedoc-Roussillon en général et du Grand Narbonne en particulier, c’est vouloir nous enfermer dans une économie de rente aux médiocres résultats économiques et sociaux.

Il est temps de dissiper ce mirage ! En attendant, faisons avec, mais les yeux grands ouverts sur les statistiques et autres commentaires en provenance de nos décideurs publics régionaux et locaux …

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Désormais, 3 façons de réagir !

Commentaires (8)

  • pibouleau

    |

    Auquel cas quel avenir pour cette région mise a part le maternage du troisième âge aisé dans les résidences sécurisées. En somme le seul avenir du L.R. pays du soleil : c’est fin de vie heureuse pour vieillesse friquée. ça promet ! Je ne suis pas loin de partager cette analyse

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  • Molénat

    |

    Iconoclaste et trés juste

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  • Serre

    |

    Analyse très superficielle du tourisme chez nous, qui témoigne d’une méconnaissance du sujet, il ne faut pas se fier aux médias parisiens qui voient cela par le bout de leur lorgnette. Ce n’est pas seulement un tourisme de masse qui fréquente les plages en juillet août, il n’y a qu’à se promener sur le marché de Narbonne actuellement pour entendre parler étranger car ce tourisme fonctionne toute l’année et particulièrement à l’automne, au printemps et pour la fin d’année, en recherche de soleil. Sans compter que ce sont de gros consommateurs de vins qui boostent notre activité viticole car ils sont conscients du bon rapport qualité/prix. Voir aussi toutes les chambres d’hôtes ou gîtes qui se sont ouverts dans la région permettant ainsi une grosse amélioration du patrimoine immobilier. A part cela le tourisme n’aide pas la croissance ?

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    • Michel Santo

      Michel Santo

      |

      Méconnaissance bigre ! Vous ne répondez à aucun de mes arguments sur le fond du sujet. Mon propos était de montrer en termes macro-économique que le tourisme n’est pas un secteur homogène, que sa participation au PIB régional est faible, que les emplois générés sont faiblement qualifiés et les revenus de leurs salariés dans la fourchette basse, etc … Et vous faites valoir des considérations très générales , proches de clichés abondamment véhiculés par les médias régionaux et les professionnels du secteur! Cela dit qu’il y ait des gites et des chambres d’hôtes et des hôtels de qualité, personne ne le conteste, et j’en connais quelques uns que j’ai vanté sur ce blog dans certains de mes billets. Mais encore une fois je dis dans celui ci que fonder un développement économique régional en faisant du Tourisme son vecteur de croissance principal est une erreur de stratégie … Bien cordialement !

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  • Serre

    |

    Excusez ma maladresse si vous pensez que je m’en suis pris à votre personne plutôt qu’à votre opinion. Cependant votre vision est toute théorique et passéiste des choses compte tenu de votre bio antérieure de fonctionnaire à la région, alors que je peux dire que j’ai « les mains dans le cambouis » puisque propriétaire de gîtes et chambres d’hôtes depuis plus de 15 ans. Malgré la qualité de l’homme que vous citez M. Soulier (j’ai ses livres sur la région), il en reste un homme du passé avec une vision du Languedoc-Roussillon comme zone de passage et de tourisme de masse. Cette même vision que je conteste et qui heureusement pour nous, professionnels du tourisme, a évolué.
    En terme de macro-économie, que le tourisme soit un secteur non homogène difficilement quantifiable, je suis d’accord avec vous. Je doute comme vous que par exemple soit pris en compte le Chiffre d’Affaire de chez Carrefour Narbonne du dimanche et lundi dans les revenus du tourisme, et pourtant l’enseigne ainsi que d’autres ouvrent maintenant le dimanche et voit son Chiffre d’Affaire amplifié grâce à l’augmentation du tourisme. Que les emplois soient précaires et non qualifiés, ils ont au moins le mérite d’exister et aussi d’augmenter, sans parler de tous les emplois induits dans la viticulture et autres, et notamment de tous les petits propriétaires qui font de la location de tourisme et dont le statut n’est pas toujours clairement défini comme un emploi.
    Cela est dans l’air du temps de créer son propre emploi et les petits boulots saisonniers, notre époque évolue vers une autre vision de l’emploi. En 15 ans d’activité touristique, j’ai vu le tourisme évoluer grâce à internet qui nous permet de capter une clientèle jusqu’alors captée par les grosses centrales et de faire mieux connaître la qualité de notre région trop méconnue avant. Cela nous permet maintenant d’élargir notre planning aux autres périodes que juillet et août, cela permet aussi aux structures dans l’arrière pays d’être visibles. Cela permet aussi une offre qui améliore sa qualité compte tenu de la concurrence, mais aussi d’élever nos tarifs. Et je constate aussi que la demande est de plus en plus importante avec une clientèle différente et très consommatrice. L’évolution de ce tourisme est complémentaire avec l’évolution de la viticulture dans notre région et ce n’est pas un mirage, tous les domaines viticoles s’ouvrent maintenant au tourisme. Pour ma part l’évolution du tourisme est un moteur de la croissance de la région qui est en passe d’évoluer avec la migration de l’Europe du Nord vers le sud, vous devriez prendre en compte cette évolution pour baser votre opinion.
    Bien cordialement

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    • Michel Santo

      Michel Santo

      |

      Encore une fois, je ne conteste pas ce que vous dites, et suis prêt à le prendre en compte. Mais ce n’était pas l’objet de mon analyse. Je dis seulement , persiste et signe, que pour des élus en charge de l’économie de cette région, présenter et faire du tourisme le moteur ( au sens premier du terme, c’est à dire celui qui fait avancer, et structure le reste de son économie … ) de sa croissance, est une erreur de perspective en regard de son apport réel, que ce soit en terme de valeur ajoutée ou d’emplois …

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  • Serre

    |

    L’apport réel du tourisme est difficilement quantifiable ainsi que vous le dites dans votre analyse et il ne faut pas se fier aux seuls indicateurs statistiques. Je suis rarement en accord avec nos élus mais sur ce point oui, car nous avons tous les atouts en main pour que le tourisme soit un moteur économique de notre région : la Méditerranée, le soleil, un arrière pays magnifique, le patrimoine culturel, des zones portuaires, le vin etc… et l’évolution actuelle du tourisme le laisse à penser. Mais quelle autre stratégie proposez-vous ? Vous dénoncez une erreur de perspective, mais quel autre secteur économique peut faire avancer notre région en dehors du tertiaire et de la viticulture ?

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