Contre-Regards

par Michel SANTO

Lisez vite Graham Swift et  » J’aimerais tant que tu sois là  » !

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Après Coe « La vie privée de monsieur Sim », Ian McEwan « Expiation », plongée dans Graham Swift  et « J’aimerais tellement que tu sois là » dont la prose et sa saisie du monde me font irrésistiblement penser à Marie Hélène Lafont ( Les Pays )  On « feuillette » des  extraits sur sa tablette, et on clique pour un achat et une lecture immédiate et en continue de ce magnifique texte. Pour moi, le meilleur des trois.

Voici ce qu’en dit l’excellente Nathalie Crom dans Télérama, le 13/04/2013 – Mise à  jour le 18/09/2013:

 

Si Graham Swift n’a pas, en France, la notoriété de ses compatriotes et contemporains Martin Amis, Julian Barnes ou Ian McEwan — tous nés entre 1946 et 1949, et composant une génération exceptionnelle d’écrivains britanniques —, la faute n’est pas à chercher du côté d’un talent qui serait moindre ou secondaire, mais plutôt dans l’essence même, discrète par nature et par force, de ce talent : composer une matière romanesque qui entretient, avec la vie, une proximité d’une évidence saisissante, et même stupéfiante. On pourrait parler de justesse — mais il semble que ce serait trop peu dire. On pourrait tenter alors d’évoquer la profondeur des eaux en laquelle évolue Graham Swift, plongé dans la matière humaine, s’infiltrant jusque dans les replis obscurs des mémoires et des consciences, trouvant les mots et la respiration qu’il faut pour nommer les pensées les plus reculées, imprécises, fluctuantes, repoussées — pour nommer l’impensé même. Cela tout en demeurant un romancier réaliste, ancré dans le quotidien, ses décors sans grâce particulière, ses objets ordinaires, ses gestes triviaux, répétitifs souvent, sans relief. Un romancier en outre soucieux toujours d’inscrire l’intime dans l’époque, dans l’Histoire et la succession des générations, dans le temps. Le plus sim­ple, pour dire tout cela, serait d’em­prunter au critique Charles Du Bos cette réflexion étrange, mais si pré­cise et sensée : « C’est ainsi que la vie parlerait si elle parlait. »

La vie de Jack Luxton, Graham Swift s’en saisit dans un moment de crise aiguë, d’arythmie : l’homme est assis sur le lit de sa chambre, un fusil est posé derrière lui. De la fenêtre de sa chambre, il regarde le paysage : au premier plan le terrain de camping dont il s’occupe, sur l’île de Wight, avec sa femme Ellie, trente-deux caravanes posées sur l’herbe, un désert en ce jour d’hiver ; au loin la mer grise, en haut le ciel gris, et au premier plan un rideau de pluie. Voilà pour le présent du roman : quelques heures immobiles, comme suspendues, dans le cours de l’existence de Jack. Au cours desquelles Graham Swift s’emploie à faire remonter le passé. Celui de Jack, étroitement noué à celui de ceux qui lui furent proches, père, mère, frère, quelques aïeux, un chien baptisé Luke, tous morts à ce jour. Tous sauf Ellie, l’amour d’enfance de Jack, devenue épouse et soeur. Jack et Ellie se sont connus dans le Devon où ils sont nés et ont grandi, voisins depuis toujours, la ferme des Luxton mitoyenne de celle des Merrick. « Une terre profonde, pentue mais belle, tachetée de petits champs qui descendent en entonnoir ou au contraire en se renflant vers les bois dans la vallée », sur laquelle Michael et Vera Luxton ont élevé, dans les années 1970-1980, leurs deux fils, Jack et Tom — ce dernier, cadet de huit ans de l’aîné —, menant une vie simple et âpre de paysans comme avant eux leurs parents. Une vie bouleversée, mise à terre par l’épidémie de vache folle, la ferme laminée, bientôt la mort de Vera, puis la fuite sans retour de Tom, engagé dans l’armée le jour même de ses 18 ans, qui ne reviendra pas même assister aux funérailles de son père quelques années plus tard. Tom qui, en ce jour où Jack, assis sur son lit, le vieux fusil de son père à portée de main, se remémore ce passé enfui sur lequel il avait comme tiré un rideau, vient lui-même d’être enterré avec les honneurs militaires, son corps rapatrié d’Irak où il est décédé dans l’explosion d’une mine.

L’histoire de Jack n’est pas une tragédie, pourtant. Certainement, un romancier moins subtil que Swift y aurait trouvé la matière, mais lui, non, décidément et résolument, s’y refuse, se saisit des événements et des sentiments comme les éléments d’une vie ordinaire, les jalons d’une existence construite, ainsi qu’elles le sont toutes, sur des non-dits et des malentendus familiaux, des dilemmes mal résolus, des sentiments ambivalents, des repentirs impuissants. Une existence marquée par la disparition, par le processus infiniment dramatique, et consolant pourtant, de la succession des générations. « J’aimerais tellement que tu sois là », écrivait Jack adolescent, en vacances au bord de la mer, à son amoureuse demeurée dans le Devon. « J’aimerais tellement que tu sois là » : ce vœu si simple et simplement exprimé — même s’il s’agit aussi d’un vers de William Blake —, c’est à son frère Tom qu’il l’adresse en pensée tout au long du roman, mais aussi à sa mère Vera, à ce père rude et si difficile à aimer dont il a hérité « des yeux gris comme la pierre », à son enfance évanouie.

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