
Petit. Bien portant. Propre.
Les cheveux noirs plaqués sur la moitié du crâne. Un bermuda sombre. Une chemisette rayée. L’apparence d’un retraité sans histoire.
Méthodique et constant, il effectue sa tournée des poubelles publiques du centre-ville. Matin, midi et soir. À bicyclette. Une bicyclette qu’il tient à la main. Au guidon, un sac en plastique blanc.
Je l’ai souvent observé.
Il s’arrête devant chaque corbeille. Jette un regard autour de lui. Glisse discrètement le bras à l’intérieur. Fouille quelques secondes. Puis repart.
Le plus étrange est qu’il ne rapporte jamais rien. Son sac demeure vide. Ou presque. Il ne récupère ni bouteilles, ni cartons, ni objets abandonnés.
En vérité, il ne cherche rien.
Ou plutôt il cherche autre chose.
Il faut voir le soin qu’il met à accomplir ce geste. La précision. La régularité. Comme un homme qui aurait reçu une mission dont lui seul connaît l’importance.
Alors il continue. D’un pas lent. Paisible. Presque satisfait.
Homme invisible parmi les invisibles.
Puis il disparaît au coin de la rue.