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Borges rappelle une chose que notre Ă©poque pressĂ©e feint dâavoir oubliĂ©e : lire un livre ancien, ce nâest pas consulter un objet datĂ©, câest traverser le temps. Câest mesurer, phrase aprĂšs phrase, la distance qui nous sĂ©pare de celui qui a Ă©crit et dĂ©couvrir, parfois avec stupeur, quâelle nâest pas si grande.
Le livre, dit Borges, peut ĂȘtre plein dâerreurs. Il peut dĂ©fendre des idĂ©es que nous ne partageons plus. Peu importe. Il conserve quelque chose de sacrĂ©. Non pas un sacrĂ© de superstition, mais un sacrĂ© dâusage : celui de la sagesse accumulĂ©e, du bonheur possible, de la voix humaine qui insiste Ă travers les siĂšcles.
VoilĂ une leçon salutaire Ă lâheure oĂč lâon exige des textes quâils soient immĂ©diatement conformes, moralement certifiĂ©s, politiquement alignĂ©s. Ă force de juger les livres Ă lâaune de nos normes du jour, on oublie ce quâils sont : non des manifestes, mais des compagnons. Non des oracles, mais des dialogues.
Lire, ce nâest pas valider. Lire, câest Ă©couter. Et parfois contredire. Mais toujours recevoir.
En partageant ce passage, Marie-Paule Farina nous rappelle que le livre nâest pas un objet Ă purifier ni Ă surveiller, mais un lieu oĂč lâon vient chercher plus que des rĂ©ponses : une profondeur, une mĂ©moire, une lenteur. Bref, ce qui manque cruellement Ă notre prĂ©sent.
Borges conclut : lire, câest puiser du bonheur et de la sagesse. On pourrait dire aussi : câest rĂ©sister Ă lâoubli, Ă la bĂȘtise, Ă lâimmĂ©diatetĂ©.
Et cela, aujourdâhui, nâest dĂ©jĂ pas rien.
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Quand nous lisons un vieil ouvrage c’est comme si nous parcourions tout le temps qui a passĂ© entre le moment oĂč il a Ă©tĂ© Ă©crit et nous-mĂȘmes. C’est pourquoi il convient de maintenir le culte du livre. Un livre peut ĂȘtre plein d’errata, nous pouvons ne pas ĂȘtre d’accord avec les opinions de son auteur, il garde pourtant quelque chose de sacrĂ©, quelque chose de divin, non qu’on le respecte par superstition mais bien dans le dĂ©sir d’y puiser du bonheur, d’y puiser de la sagesse.
VoilĂ ce que je voulais vous dire aujourd’hui. » (Borges confĂ©rences Folio)