𝐑𝐢𝐞𝐧 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐞𝐫𝐝𝐮.

Devant moi, une jeune mère tenait une petite fille par la main gauche et un petit garçon par la droite. Le sol luisait encore sous un soleil revenu.

Après l’orage, je marchais sur les Barques.

Devant moi, une jeune mère tenait une petite fille par la main gauche et un petit garçon par la droite. Le sol luisait encore sous un soleil revenu.

La mère demanda :

— Comment appelle-t-on cette odeur après la pluie ?

Sans hésiter, les deux enfants répondirent :

— Le pétrichor.

Le mot m’était totalement inconnu.

Je ralentis le pas pour le retenir.

Pétrichor.

Je l’ai cherché plus tard sur Google.

J’y ai appris que ce nom désigne l’odeur qui se dégage du sol après la pluie. Lorsque les gouttes frappent la terre ou la pierre, elles libèrent dans l’air des composés odorants que notre nez reconnaît aussitôt.

J’y ai appris aussi l’origine du mot.

Petra, la pierre.

Ichor, le sang des dieux dans la mythologie grecque.

Le pétrichor.

L’odeur de la pluie sur la pierre.

Je repense souvent à cette scène de quelques secondes.

On entend beaucoup dire que tout se perd : les mots, les connaissances, la curiosité.

Pourtant, ce matin-là, sur les Barques encore humides de l’orage, deux enfants connaissaient un mot que j’ignorais à près de quatre-vingts ans.

Et je me suis dit que rien n’était perdu.

Illustration : Après l’orage. L’odeur de la pluie sur la pierre.