Au Monoprix de la place de l’Hôtel de Ville.
Deux dames devant moi.
L’une, outrageusement fardée. Trois canettes de Kronenbourg sur le tapis roulant. Véhémente.
L’autre, pâle. Ses courses soigneusement alignées. Muette.
Entre elles, un séparateur publicitaire annonçant un voyage en Grèce.
— Je vous le dis, bientôt le gouvernement fera nos courses à notre place. C’est lui qui paiera directement. Et avec tous leurs satellites, ils ne sont même pas capables d’attraper les pyromanes…
Puis les incendies.
Puis la guerre.
Puis les Allemands.
— J’avais quatre ans, mais je m’en souviens très bien.
Sur ce, elle sort de son sac une petite bourse et règle ses trois canettes en pièces jaunes.
Je l’écoute.
Ou plutôt non.
Depuis quatre mois, il m’arrive souvent d’avoir l’impression de vivre dans une autre réalité.
Le monde est là. Les voix, les gestes, les conversations.
Tout est réel.
Mais comme derrière une vitre.
Comme ces images qui défilent sur un écran dont le son serait resté allumé.
Dans mon salon, le mien est éteint depuis le 2 avril.
Quand vient mon tour, la caissière me sourit.
Elle connaissait Simonne.
J’ai pris l’habitude de passer à sa caisse.
Elle se lève.
M’embrasse.
— Demain, ça ira mieux.