Contre-Regards

par Michel SANTO

À l’Assemblée Nationale, une toile d’Hervé Di Rosa banaliserait le racisme !

le 4 avril, l’hebdomadaire L’Obs publiait une tribune signée par Mame-Fatou Niang et Julien Suaudeau, intitulée « Banalisation du racisme à l’Assemblée nationale : ouvrons les yeux ». L’objet de leur colère, de leur indignation : une toile d’Hervé Di Rosa célébrant la première abolition législative de l’esclavage peinte en 1991 dans le cadre d’un ensemble plus vaste – treize tableaux – intitulé « L’Histoire en peinture de l’Assemblée nationale ». Une pétition circule pour en exiger le retrait parce qu’elle serait « un angle mort de la mémoire coloniale », selon madame Mame-Fatou Niang et monsieur Julien Suaudeau qui comparent cette création du peintre sétois et ses codes esthétiques “à une imagerie hésitant entre Banania et Tintin au Congo”. Et ce au motif que les « lèvres surdimensionnées » des esclaves représentés, brisant leurs chaînes, nous ramèneraient à une « vision humiliante et déshumanisante » des noirs. Sauf que, dans l’univers de Di Rosa, tous ses personnages, qu’ils soient blancs, noirs, roses, verts ou bleus, et quels que soient les thèmes ou les contextes, sont toujours représentés avec de grosses bouches et des yeux immenses… Rien donc d’intentionnellement provocateur en cette circonstance précise, mais l’exposition de thèmes et d’évènements politiques traités selon les codes esthétiques habituels d’Hervé Di Rosa – Ce que n’ignorent pas nos deux censeurs : ils le reconnaissent volontiers dans leur tribune. Mais voilà, nos deux intellectuels ont fait le choix de s’arrêter au « choc » de l’image sortie de son contexte politique et esthétique, en la référent seulement, pour les besoins de leur cause, à une iconographie publicitaire ancienne ; alors qu’en raison, rien n’autorise un tel parti pris. Encore une fois, s’il ne fallait s’arrêter qu’à un seul aspect de l’oeuvre d’Hervé di Rosa, sa représentation de l’Humanité y suffirait. Tous les humains la composant, tous et de différentes couleurs, blancs, noirs, jaunes, verts ou roses ont, en effet, de grosses et mêmes lèvres, des yeux immenses, exhorbités, des dentures immenses… Une représentation de l’Universel humain qui brasse tous les référents esthétiques pour les fondre dans une unité symbolique particulière, la sienne. Rappelons aussi, subsidiairement que cette commande publique a été passée en 1991 quand Laurent Fabius présidait l’Assemblée Nationale. Bref, dans cette affaire comme dans d’autres récentes, on assiste à une tentative de censure de la part de militants identitaires obsédés par les apparences et se posant en victimes de « représentations » offensantes… Je ne suis pas sûr que ce genre d’intimidation jouant sur la mauvaise conscience des « dominants » et le sentiment de « déclassement » des « dominés », pour reprendre les catégories intellectuelles de ce nouvel antiracisme victimaine soit de bonne stratégie antiraciste. Il me semble au contraire plutôt la déconsidérer, tant au plan idéologique que politique… Un souhait pour conclure ! Qu’Hervé Di Rosa sorte enfin d’un manichéisme et d’un angélisme idéologique et politique qui lui font dire encore aujourd’hui, hélas !, ce genre de sottise : « Que les gens de droite m’attaquent, je veux bien, parce qu’à la limite mes œuvres sont faites pour ça, mais là… »

Mots-clefs : , , , ,

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Commentaires (1)

  • Avatar

    Didier

    |

    Mais non, il a raison. Il sait très bien que dans la sphère kulturelle, revendiqué de droite, il n’aurait eu aucune chance. Donc, forcément il est de gauche, bien soutenu par les FRAC que nous avons bien connu

    Reply

Laisser un commentaire

Articles récents

Scène de la vie narbonnaise : Des chiens et des hommes, rue du Pont Des Marchands…

Scène de la vie narbonnaise : Des chiens et des hommes, rue du Pont Des Marchands…

      C’était avant-hier soir dans la rue du Pont des Marchands. J’aurais pu ne pas les voir, mais les manifestations de joie d’une petite famille devant un homme assis à mêm[Lire la suite]
Quelques perles (et humeurs conséquentes) pêchées à la fin de la semaine dernière…

Quelques perles (et humeurs conséquentes) pêchées à la fin de la semaine dernière…

        Je lis ceci sur la page Facebook d'une professionnelle du Tourisme : "Idée de sortie pour ce WE : visite du concept innovant de " Lodge Boat" au port de Gruis[Lire la suite]
Scène de la vie narbonnaise : un soir des fééries de Noël, j'ai croisé un homme seul sur une chaise roulante…

Scène de la vie narbonnaise : un soir des fééries de Noël, j'ai croisé un homme seul sur une chaise

      Dans ma petite ville, nous avons un marché de Noël, comme partout ailleurs dans ce pays. Avec les mêmes baraques blanchâtres, les mêmes têtes du Père Noël, les mêmes marchandis[Lire la suite]
Scène de la vie narbonnaise : Elle était assise sous la véranda de ce bistrot du centre ville…

Scène de la vie narbonnaise : Elle était assise sous la véranda de ce bistrot du centre ville…

        Elle était assise sous la véranda de ce bistrot du centre ville où je m’étais installé pour y boire une tasse de café noir. Je l’observais, élégante et rêveuse, caress[Lire la suite]
Le temps n'est pas loin où vont revenir les langueurs universelles, les croyances à la fin du monde…

Le temps n'est pas loin où vont revenir les langueurs universelles, les croyances à la fin du monde…

    Depuis des mois, je ne lis plus que des correspondances, carnets, journaux d’auteurs : Flaubert, Gide, Malaparte, Renard, les Goncourt … (dernier achat chez mon bouquiniste : Les car[Lire la suite]
"Franchement, Michel ! à quoi bon tout ça !", me disait aussi une petite voix…

"Franchement, Michel ! à quoi bon tout ça !", me disait aussi une petite voix…

    Recommandant la lecture quotidienne d’une ou deux « pensées » de La Rochefoucauld ou de La Bruyère pour exercer sa lucidité et ne point être dupe de certaines postures social[Lire la suite]
  
2006-2019 © Contre-Regards
Conçu par OnEric Studio
 
%d blogueurs aiment cette page :