À l’Assemblée Nationale, une toile d’Hervé Di Rosa banaliserait le racisme !

le 4 avril, l’hebdomadaire L’Obs publiait une tribune signée par Mame-Fatou Niang et Julien Suaudeau, intitulée « Banalisation du racisme à l’Assemblée nationale : ouvrons les yeux ». L’objet de leur colère, de leur indignation : une toile d’Hervé Di Rosa célébrant la première abolition législative de l’esclavage peinte en 1991 dans le cadre d’un ensemble plus vaste – treize tableaux – intitulé « L’Histoire en peinture de l’Assemblée nationale ». Une pétition circule pour en exiger le retrait parce qu’elle serait « un angle mort de la mémoire coloniale », selon madame Mame-Fatou Niang et monsieur Julien Suaudeau qui comparent cette création du peintre sétois et ses codes esthétiques « à une imagerie hésitant entre Banania et Tintin au Congo ». Et ce au motif que les « lèvres surdimensionnées » des esclaves représentés, brisant leurs chaînes, nous ramèneraient à une « vision humiliante et déshumanisante » des noirs. Sauf que, dans l’univers de Di Rosa, tous ses personnages, qu’ils soient blancs, noirs, roses, verts ou bleus, et quels que soient les thèmes ou les contextes, sont toujours représentés avec de grosses bouches et des yeux immenses… Rien donc d’intentionnellement provocateur en cette circonstance précise, mais l’exposition de thèmes et d’évènements politiques traités selon les codes esthétiques habituels d’Hervé Di Rosa – Ce que n’ignorent pas nos deux censeurs : ils le reconnaissent volontiers dans leur tribune. Mais voilà, nos deux intellectuels ont fait le choix de s’arrêter au « choc » de l’image sortie de son contexte politique et esthétique, en la référent seulement, pour les besoins de leur cause, à une iconographie publicitaire ancienne ; alors qu’en raison, rien n’autorise un tel parti pris. Encore une fois, s’il ne fallait s’arrêter qu’à un seul aspect de l’oeuvre d’Hervé di Rosa, sa représentation de l’Humanité y suffirait. Tous les humains la composant, tous et de différentes couleurs, blancs, noirs, jaunes, verts ou roses ont, en effet, de grosses et mêmes lèvres, des yeux immenses, exhorbités, des dentures immenses… Une représentation de l’Universel humain qui brasse tous les référents esthétiques pour les fondre dans une unité symbolique particulière, la sienne. Rappelons aussi, subsidiairement que cette commande publique a été passée en 1991 quand Laurent Fabius présidait l’Assemblée Nationale. Bref, dans cette affaire comme dans d’autres récentes, on assiste à une tentative de censure de la part de militants identitaires obsédés par les apparences et se posant en victimes de « représentations » offensantes… Je ne suis pas sûr que ce genre d’intimidation jouant sur la mauvaise conscience des « dominants » et le sentiment de « déclassement » des « dominés », pour reprendre les catégories intellectuelles de ce nouvel antiracisme victimaine soit de bonne stratégie antiraciste. Il me semble au contraire plutôt la déconsidérer, tant au plan idéologique que politique… Un souhait pour conclure ! Qu’Hervé Di Rosa sorte enfin d’un manichéisme et d’un angélisme idéologique et politique qui lui font dire encore aujourd’hui, hélas !, ce genre de sottise : « Que les gens de droite m’attaquent, je veux bien, parce qu’à la limite mes œuvres sont faites pour ça, mais là… »

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Commentaires (1)

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    Didier

    |

    Mais non, il a raison. Il sait très bien que dans la sphère kulturelle, revendiqué de droite, il n’aurait eu aucune chance. Donc, forcément il est de gauche, bien soutenu par les FRAC que nous avons bien connu

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