Contre-Regards

par Michel SANTO

Adelyne, ma boulangère, mon amie, à l’heure où blanchit la campagne, partira…

 

   

Dimanche, 24 décembre, à 15 : 09, dans ma boîte de réception, je reçois ce message : « Demain dès l’aube, à l’heure ou blanchit la campagne, je partirai… C’était ce matin du 24 décembre, éreintée par la maladie qui me ronge, j’ai décidé de vous dire au revoir. Je vous embrasse tous très fort. Adelyne ».

Et puis ce vide, soudain, et la gorge qui se noue ; des picotements dans les yeux ; des images qui défilent : Adelyne derrière son comptoir ; son « bonjour Michel ! » ; son accent d’ailleurs ; de la poudre de farine sur sa pommette gauche ; son sourire malicieux ; ses quelques phrases sur la vie qui va… et ne va pas ; sa dernière promenade et ses découvertes ; ses recommandations pour mon rhume qui ne passe pas ; ses gestes et ses mots adressés à ma petite Mila…

Chez Adelyne, ma boulangère, l’accueil était toujours empreint d’attention et de simplicité. Le client n’avait pas d’âge, son statut était son prénom. Chaque matin, je me disais Mais comment fait-elle ? Et puis un matin, elle n’est plus là. Puis deux, puis trois !… On s’ inquiète de ses absences auprès de Gilou, son mari, qui fait et vend désormais seul ses pains. Et la nouvelle tombe, brutale : C’est grave, un cancer…

Depuis, on espérait, la porte franchie, des mots de victoire et revoir enfin son visage, son sourire ; réentendre sa voix. Sa voix qui, un jour, fit écho à une de mes chroniques où je citais Charles Juliet,  pour m’apprendre qu’il était un de ses clients quand elle tenait boulangerie –  « L’arbre à pain » – , à Jujurieux, rue de l’Église, dans l’Ain. Jujurieux où naquit en effet ce poète et romancier devenu célèbre après la publication d’un récit porté à l’écran : « L’année de l’éveil ».

Alors, Chère Adelyne, que te dire à présent,  tout juste passé minuit, sinon que dans quelques heures, à l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je t’accompagnerai avec ces quelques lignes de Charles Juliet aux bords des lèvres : « J‘ai quitté les vignes, et grimpant sur les plus hautes collines, me suis enfoncé dans les bois. La voûte brune des frondaisons laissait filtrer une lumière rousse, chaude, qui répondait assez bien à celle qui régnait en moi. J’ai marché pendant une ou deux heures, goûtant le silence, humant l’air humide où flottait une odeur de champignons, observant les effets des rayons du soleil sur les troncs et les feuilles. Marcher dans cette lumière était un pur enchantement. »

Je t’embrasse Adelyne. Ta présence était un pur enchantement.  Va ! Nous t’aimons…

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Commentaires (3)

  • camus thierry

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    j’avais pour habitude tous les jours avant d’aller ouvrir ma librairie rue de la Major , d’aller acheter un croissant ou une patte d’ours à la Fornaria de la plaça ou officiaient Adelyne et Gilou , l’accueil y était chaleureux et simple dans le bon sens du terme . Nous étions de la même année 1955 , elle aimait le Rock et moi plutôt le Classique mais cela ne nous empêchait pas de plaisanter sur notre age et notre retraite prochaine . Certains jours j’allais à ma banque et j’avais le cœur serré en voyant les gens faire la queue à certains points chauds pour acheter des viennoiseries de mauvaise qualité . La mort est un petit oiseau qui chaque jour vient se désaltérer dans ta coupe de vin , Achille Chavée , Décoctions . Ou que tu sois , repose en paix , je t’embrasse .

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  • GIRARD

    |

    Monsieur
    Je suis allé ce matin comme pratiquement tous les jours chercher mon pain à la fornaria et j »y ai lu votre texte en hommage à Adelyne. Merci pour ce texte de qualité qui salue une femme toujours de bonne humeur, vive et malicieuse, avec qui j’avais grand plaisir à discuter.
    Frédéric Girard

    Reply

    • Michel Santo

      Michel Santo

      |

      Oui, elle nous manque déjà beaucoup ! Merci pour votre gentil message…

      Reply

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