Contre-Regards

par Michel SANTO

Affaire Griveaux : Dans certaines circonstances, un homme peut-il tout se permettre et tout détruire ?

   

Ce qu’a fait Monsieur Griveaux, alors qu’il occupait les fonctions de porte-parole du gouvernement, rattaché au Premier ministre : réaliser une vidéo révélant ses parties intimes à une dame de ses relations, n’est pas illégal, alors que sa publication sur le Net, sans son consentement, l’est. Il s’ensuit donc que Monsieur Griveaux serait la victime innocente d’un activiste russe ; certains avançant même la thèse d’une opération de déstabilisation menée par des officines poutiniennes. Voilà pour le discours général promut dans les médias. Discours qui cependant ne me convainc pas ! Et qui m’amène à poser la question autrement. Si Monsieur Griveaux ne s’était pas mis en danger, et sa famille, son parti et nos institutions avec, cette tentative de déstabilisation politique aurait-elle été possible ? La réponse est évidemment dans la question : non ! Et s’il ne s’agit que d’un simple problème de droit et de sa violation : celui de pouvoir tout faire et tout dire dans l’intimité d’une relation, pourquoi la victime n’assumerait-elle pas ce genre de comportement en restant candidat à la mairie de Paris ? Certes, ce faisant il serait évidemment apparu, dans ce spectacle politico-médiatique, comme le naufrageur de sa famille et de ses proches, comme un homme politique prêt à tout pour satisfaire son désir de puissance. Finalement, dans la balance des conséquences morales et politiques de ses choix, Mr Griveaux était de toute façon perdant, et perdu… Sur un autre plan, dans un échange sur un « réseau social », un ami me fait le reproche de ne pas hiérarchiser les « causes ». Mais comment le pourrais-je ? Les « causes », dans ce cas, en effet se confondent. Chacun des protagonistes (l’un passif – façon de parler – et l’autre actif) est bien aussi le sujet de cette même action ; ils en sont, de fait, les co-auteurs ; et la question d’une hiérarchie des « causes » ou des responsabilités, à mon avis, ne se pose pas. Ce qui ne veut pas dire, bien entendu, que je ne hiérarchise pas les intentions morales et politiques des acteurs en présence, loin de là. Le procédé utilisé pour abattre politiquement Griveaux est ignoble. Et leurs auteurs, en conséquence, doivent rendre des comptes à la justice. Quant à Monsieur Griveaux, comment ne pas éprouver de la compassion, envers ses proches surtout… « Dans certaines circonstances, un homme doit tout se permettre et tout détruire. Mais Cormery avait crié comme pris de folie furieuse : “Non, un homme ça s’empêche. Voilà ce que c’est un homme, ou sinon…” »  Albert Camus – Le premier homme (posthume, 1994).

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Commentaires (4)

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    jean

    |

    ……drôle et immorale conception ????

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    Dumas Michel

    |

    Toutes les suppositions peuvent naître de cette poubelle que sont les réseaux sociaux.
    De cette poubelle, les médias extraient leur nourriture d’audience qui construit leur chiffre d’affaires.
    Ce sont les ingrédients de cette mayonnaise puante et moralisatrice – espace privé/ espace public – qui mettent à mal la démocratie.
    Pour le reste , chacun peut construire cette histoire à sa sauce.
    Il faudra très vite que nos sociétés traitent cette passerelle entre journalisme et poubelle sociale.
    Entre le Diplo et Closer .

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    mtz

    |

    Je vous avoue que moi, même si je n’aime ni Griveaux ni LREM, je ne peux m’empêcher de trouver le procédé abject.
    Oui il s’est mis inconsciemment en danger. Mais qui est censé être absolument parfait ?
    Doit-on obligatoirement lui refuser le caractère imparfait de l’humain au seul titre qu’il est homme public ?
    Très franchement, moi, ce sont les personnes qui justifient la publication de cette vidéo et en rient, qui me dégoûtent de mes concitoyens.

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