Contre-Regards

par Michel SANTO

Au Grand Narbonne, l’intercommunalité y est de droit, pas la solidarité…

     

   

Les relations financières entre intercommunalités et communes sont d’une complexité telle, que l’électeur, même moyennement informé, éprouve de grandes difficultés à en comprendre les principaux « mouvements » (une façon élégante de dire qu’il n’y « comprend tout simplement rien»). Mais le plus surprenant est d’avoir constaté, tout récemment encore, que nombre de conseillers communautaires du Grand Narbonne (et non des moindres) étaient dans le même état d’ignorance, ou presque (il m’a suffit pour cela de poser deux ou trois questions – très simples – à deux ou trois d’entre eux). De leurs réponses m’est venu l’idée de ce premier billet (à prétention pédagogique), afin de dissiper ce qui est faussement et habituellement conté sur ce sujet

Ma première question fut de leur demander qu’elle était le poste de dépenses de fonctionnement le plus important de leur institution. La réponse vint immédiatement, mais à tort : « les charges de personnels ! », alors que les reversements de fiscalité (appelés attributions de compensation – en abrégé : AC) aux communes membres constituent, et de loin, le plus gros poste de dépenses : 24 millions d’€. De sorte que le Grand Narbonne, comme pratiquement toutes les intercommunalités, est, de fait, plus  une « machine à redistribuer de la fiscalité » à ses communes membres, qu’une institution dite « d’intervention ». Et à des niveaux très élevés : si on rapporte ce montant d’ AC (24 M€, dont 8 pour la seule Ville de Narbonne) au total de la fiscalité nette perçue par l’Agglo (39 M€), on constate un taux de reversement aux communes de 62% . Un ratio qui démontre l’extrême faiblesse de l’intégration fiscale des communes membres ; elle même symptôme du faible poids financier des charges transférées par ces dernières au Grand Narbonne. Une réalité fiscale et financière qui dément le discours commun  de « certains maires » sur le registre : « l’Agglo ! monstre glouton saignant les communes ».

La deuxième question posée à mes conseillers communautaires était, elle, de savoir quelles étaient les communes les plus riches de l’Agglo. Réponses ! Narbonne, pour l’un, Montredon pour l’autre etc. Là encore, de grossières erreurs d’interprétation. Les trois plus riches communes du Grand Narbonne étant, en effet et dans l’ordre, Leucate (1454€ par habitant de richesse fiscale) suivie de près par Fleury(1309€) et Gruissan (1308€) ; Narbonne (308€) et Montredon (502€) figurant loin, très loin derrière*. De plus, quand on analyse sur la durée les potentiels fiscaux des communes membres de l’Agglo on constate qu’ils n’ont pas évolué depuis la création du Grand Narbonne ; ce qui démontrent que, contrairement à une idée largement répandue, l’Agglo, qui affiche une faible richesse fiscale par habitant (308€), loin de « pomper » ou de modifier la hiérarchie fiscale des communes membres, la consolide, voire l’ accentue.

En première conclusion, et contrairement aux apparences, le Grand Narbonne n’est pas une institution dont la solidarité intercommunale serait la marque ! L’intercommunalité y est de droit, certes, mais pas la solidarité.

*Un cas en particulier mérite d’être signalé. Celui de Treilles, petite commune de 170 habitants, qui grâce à son parc éolien affiche une richesse fiscale de 1242€ par habitant, alors que la toute petite commune voisine de Caves affiche péniblement 162€ !

**J’aurai l’occasion de revenir sur ce point lors d’un prochain billet avec un ou deux exemples « d’égoïsme communal » pour l’illustrer.

Mots-clefs : , , ,

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Commentaires (1)

  • Reggio

    |

    ha ha l’éolien comme médication fiscale…Déjà que notre bel païs est en état de perfusion permanente ces satanés moulins à pognons ne font qu’augmenter le débit de la perfusion pour les collectivités quant à rendre le peuple plus indépendant…on rêve…

    Reply

Laisser un commentaire

Articles récents

Ne plus vouloir porter la forme entière de l'humaine condition...

Ne plus vouloir porter la forme entière de l'humaine condition...

        Si j'en crois Montaigne, chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition. Ainsi la rédaction de ce billet me ferait connaître les mêmes angoisses q[Lire la suite]
Histoire de Géo : Madame Delga et monsieur Saurel "se chauffent" sur les ondes...

Histoire de Géo : Madame Delga et monsieur Saurel "se chauffent" sur les ondes...

      En pleine semaine d'un mois d'août caniculaire, madame Delga et monsieur Saurel se chauffaient sur les ondes, tandis que le pékin moyen, résident permanent ou pas de ce[Lire la suite]
Il faut avoir lu beaucoup de livres pour savoir ceux qui en valent la peine…

Il faut avoir lu beaucoup de livres pour savoir ceux qui en valent la peine…

          C'est le rituel de tous mes matins, avant toutes choses et parfois même avant ma première tasse de café : prendre un ou deux livres du "premier rayon" d[Lire la suite]
Café du matin, place de l'hôtel de ville...

Café du matin, place de l'hôtel de ville...

    "Je ne fumerais pas, je ne lirais pas ni n'écrirais, j'attendrais. Ou je me réciterais du Laforgue, en cédant sans scrupule à ce penchant qui exige qu'en toutes choses, je mê[Lire la suite]
#Whitegaucho, le symptôme d'une gauche en crise d'identité intellectuelle et politique...

#Whitegaucho, le symptôme d'une gauche en crise d'identité intellectuelle et politique...

  Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux sont mobilisés par les promoteurs du hashtag #Whitegaucho, pour stigmatiser une "gauche blanche" qui voilerait (c'est volontairement que j'utili[Lire la suite]
Quand la "vidéosphère" dépolitise les sujets – nous ! – en présidentialisant les thèmes…

Quand la "vidéosphère" dépolitise les sujets – nous ! – en présidentialisant les thèmes…

                Quand, en ce mois d'août caniculaire, j’ouvre Facebook, notamment, j’ai l’impression que tout tourne autour de la figure d[Lire la suite]
%d blogueurs aiment cette page :