Contre-Regards

par Michel SANTO

5 heures ! Dehors tout est noir. La ville dort. […]

 

Claude Monet. Peupliers sous le vent.

   

5 heures ! Dehors tout est noir. La ville dort. Assis devant la grande fenêtre du salon, je bois ma première tasse de café. Très chaud et serré, comme d’habitude. J’aime ce moment où tout est silence. Rien ne se montre sur les vitres que la masse formée par trois grands arbres à l’odeur de lilas. Elle bouge à peine sous l’effet d’un léger vent du Nord. L’heure n’est pas encore venue pour lui de se lever. Il donnera alors sa pleine mesure. Le ciel sera très bleu et les martinets crieront. 6 Heures, il fait jour ! Tout est ouvert. Le vert des arbres, leur feuillage en mouvement rafraîchissent ma vue.J’entends un oiseau chanter ; pas longtemps : quatre ou cinq notes seulement. Mais il y a dans ce trille tout un monde de solitude. 7 heures sonnent. De ma terrasse, je vois le soleil effleurer la tour Aycelin. Le ciel est à présent très bleu et les martinets crient. Des éclats de voix se font entendre, comme venant d’un autre monde. Le vent enfin se lève qui au loin plie le haut d’un superbe peuplier

Scène de la vie ordinaire : “Je cherche mes oreilles !”

   

C’est, plongé dans le feuillage d’arbustes buissonneux aux pointes joliment bleutées, qu’en cette fin de matinée, cours Mirabeau, je l’ai aperçu : il était en train d’y tailler, au couteau et à l’aveugle, des branches. Je m’en suis approché et, calmement, lui ai demandé ce qu’il faisait ainsi à la place des jardiniers municipaux dont c’est le métier.

On voudrait dans ce pays couper des têtes et dresser des bûchers…

     

H… est premier vice-président d’un département rose sanitairement classé vert. Avant de revenir au pays et d’entrer concommitamment dans la carrière politique, c’est dans le syndicalisme enseignant qu’il a donné toute la mesure de ses immenses qualités pédagogiques. Mais, de ce retraité de la fonction publique d’État et actif gestionnaire d’une collectivité territoriale, ses administrés ignoraient, jusqu’à récemment, ses tout aussi vastes compétences scientifiques ; comme son incontestable expertise en virologie clinique, notamment.

Tous le soirs, à 20 heures, il tapait sur une casserole pour exprimer son soutien aux « personnels soignants »…

     

Tous le soirs, à 20 heures, il tapait sur une “casserole” pour exprimer son soutien aux « personnels soignants » dont il admire encore le courage, la générosité et l’héroïsme. Nous n’entendions que lui dans le quartier. Il tenait à nous montrer de façon grandiloquente et si peu musicale, sa noblesse de coeur, son esprit de solidarité ; nous faire entendre aussi que, dans ces circonstances, nous pouvions aussi compter sur son dévouement à la cause commune, sa vaillance, son sens du sacrifice. Ce serait un “résistant”, personne ne devait en douter ! Ce qu’il vient de nous prouver ce matin dans la presse en vantant la vertu des maires d’un département, pourtant classé vert, qui, n’ayant pas ouvert leurs écoles, auraient répondu, notamment,  à l’angoisse des enseignants concernés. Comme à la sienne, d’ailleurs : il en dirige un syndicat. P.S : je tiens à préciser que l’abus de café est certainement à l’origine de cette humeur matinale et que toute ressemblance, de près ou de loin, avec des personnes ou des faits existants (ou ayant existé), ne serait évidemment que pure coïncidence.