Ce qui demeure.

Elle ne m’a jamais souhaité mon anniversaire.
Je n’oublie jamais le sien.

De notre enfance, nous ne parlons pas.
Elle n’en garde aucun souvenir. Enfin, non ! Un seul l’a profondément marquée.

Ce soir-là, j’avais reçu une sévère correction. Notre mère m’attendait, la ceinture à la main.
Elle m’avait surpris une « Parisienne » aux lèvres. Ma première cigarette !
De cela, oui, ma sœur se souvient. Dans les moindres détails.
Du reste, rien. Ni des dimanches chez Lola, ni des odeurs de cuisine, ni de nos jeux d’enfant. Tout s’est effacé. Très tôt.

Encore aujourd’hui, âgée et malade, vient un moment où elle me dit : « Tu t’en souviens ? »

C’était la semaine dernière. Deux mois que je ne l’avais pas vue. Très amaigrie. Un filet de voix. Un regard qui s’enfonce dans le noir. Sur ses épaules, une couverture. Elle a toujours froid.

Cuisiner était son plaisir. Le seul.
Plus maintenant. Elle est comme une enfant punie, dans son coin. Jean-Louis la surveille de près, comme on veille un feu qui s’éteint.

Elle m’a accompagné jusqu’au portail de sa petite maison.
« Tu reviendras ? »
— « Mais oui. »

Son épagneul, entre nous, baissait la tête. Il ne chasse plus.

Nous étions là, tous les deux, dans ce crépuscule d’octobre, à regarder tomber la lumière. Ni frère, ni sœur. Deux êtres au bord du silence.

Commentaires (2)

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    come

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    oui je revois la jeune D…… chevauchant son cyclomoteur pour se rendre a son travail aux Dames de France

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    oui je revois la jeune D…….. chevauchant son cyclomoteur pour se rendre a son travail aux Dames de France

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