Contre-Regards

par Michel SANTO

Ce soir là, “l’art”, de manière inattendue, était involontairement dans la rue…

 

@photo : michelsanto.

   

Chaque soir, à la même heure, des boutiquiers pressés du centre ville entassent leurs “encombrants” – cartons, cintres, boîtes, papiers… – sur des trottoirs devenus en partie  impraticables, jusqu’à ce que les  servants des “camions poubelles” de l’entreprise assurant ce service de déblaiement rendent enfin aux piétons leur pouvoir  d’en user sans obstacles. Étant de ceux qui aiment les promenades urbaines tardives, le hasard – qui décidément aime à prendre la raison à contre pied – m’a  amené, la semaine dernière, devant un de ces encombrements dont la composition, pourtant aléatoire, m’a immédiatement saisie ; au point de l’analyser sous toutes ses faces, stupéfait par sa puissance symbolique. J’ai d’abord cru me trouver devant l’oeuvre d’un artiste nomade, un génial assembleur de déchets, jusqu’à ce que je finisse par admettre qu’aucune présence humaine alentour ne pouvait en certifier l’authenticité. Je dois dire ici que je ne fréquente pas ce que l’on ose encore appeler les “galeries” ou les “musées”  réservés à l’art contemporain. Pour beaucoup, leurs caractères s’accordent mal avec la pauvreté des formes – et des matériaux utilisés – : ils aplatissent des “oeuvres” aux effets esthétiques obscurs  – quand ils ne le sont pas à l’entendement des “commissaires” eux-mêmes –  ; icelles dégradant souvent l’image des sites – et leur histoire – où elles sont luxueusement présentées.  Là, pour en revenir à ce moment inattendu de parfaite conjonction – lieu, objets, matériaux – , dans cet espace-temps des plus réduits, cette composition totalement imprévisible, au contraire, m’a profondément touché. Jamais, en effet, le caractère tragique et fatal d’une vie tronquée par son usage marchand ne m’avait été, jusqu’ici, ainsi montré… La preuve que la sensation et la jouissance esthétique peuvent se passer des professionnels de la “forme”, de leurs oeuvres et de leurs intentions : réelles ou supposées – un énoncé somme toute banal, il est vrai…

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    elle

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