Contre-Regards

par Michel SANTO

Cet homme est un mystère…

 
Rue déserte de Narbonne.
   

Cet homme est un mystère.Tous les matins il traversait le champ de ma fenêtre. Toujours à la même heure, il allait à grands pas ; toujours courbé sous un lourd havresac qui tirait sur ses maigres épaules. Son vêtement, ses chaussures étaient toujours les mêmes : de ceux portés en autommne par ces hommes qui aiment courir les garrigues en solitaire. Je me souviens l’avoir croisé un après midi d’hiver, un peu avant la tombée de la nuit, sur la promenade des Barques de Cité. Il revenait de ce que j’imaginais avoir été une longue course, sans borne, et suivait sur son retour le même itinéraire que celui emprunté le matin, sans raison. Toujours courbé, toujours du même pas, il semblait charrier des pierres sur ses épaules. Sa tête, longue et étroite, m’apparut alors, de profil, couverte d’abondants cheveux gris qui, serrés au ras de la nuque, dégageaient un profil sec, obstiné. Depuis plusieurs semaines, je ne vois plus suivre le cours des jours, indifférent à celui des gens et des choses. Je ne le vois plus aller à grands pas, avec sa charge quotidienne d’ennui, de souffrances, de regrets et – peut-être – d’espoirs. Son abscence ajoute un grand vide à celui de nos rues. Il reviendra un matin d’un prochain jour, je le sais. Messager de sagesse, sans cachet, il traversera à nouveau le champ de ma fenêtre ; et je le saluerai, une tasse de café à la main…

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