Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique de Narbonne ! Histoire d’une promenade : les Barques !

Peu connue des narbonnais, dont certains en parlent abondamment sans pourtant la connaître, cette histoire des Barques est parfaitement bien restituée dans un texte publié dans le remarquable Blog Patrimonial de la Médiathèque du Grand Narbonne . Que nous montre-t-il ? Que le coeur d’une ville, comme tout organisme vivant, évolue , se transforme, s’adapte aux conditions de son temps, qu’elles soient démographiques, économiques, technologiques ou esthétiques, notamment .

Je le reproduis ici in extenso :

Barcelone a ses Ramblas, Béziers ses allées Paul Riquet, Montpellier son esplanade et Narbonne sa promenade des Barques. Ce lieu, en bordure de la Robine, est l’âme de la ville.

Il existait en fait deux mails de part et d’autre du canal : les Barques de Cité sur la rive gauche, les Barques de Bourg (actuel cours Mirabeau) en rive droite. C’est là que se situait autrefois le port fluvial de Narbonne, d’abord sur les rives de l’Aude, plus tard sur celles de la Robine quand le fleuve a déserté la ville. Au Moyen Âge, ce lieu est déjà appelé « Las Naus » (navires, barques en langue d’Oc). Au XVIe siècle, Narbonne est transformée en une redoutable place forte avec une enceinte bastionnée entourant les quartiers de Bourg et de Cité. La ville ne peut plus s’étendre au-delà de ses fortifications ; de ce fait, la densité des surfaces bâties s’accroît à l’intérieur des remparts au détriment des pâtures et des jardins. Par exemple, les rives de la Robine en amont du pont des Marchands sont urbanisées, contrairement à celles de l’aval qui restent vierges de toute construction grâce à leur rôle de débarcadère.

A la fin du XVIIe siècle, quand le trafic portuaire périclite, la rive gauche est transformée peu à peu en promenade plantée d’ormeaux, celle de droite gardant son activité économique, le grenier à sel étant situé de ce côté-là du cours d’eau. A la fin du XIXe siècle, les platanes remplacent les ormes.

Plan de narbonne 1720Plan de Narbonne datant de 1720 Médiathèque du Grand Narbonne, fonds ancien CP 129. Ce plan est le plus ancien qui soit parvenu jusqu’à nous. La ville est entourée de ses fortifications. En rive gauche, les Barques de Cité ont dès cette époque été transformées en promenade ; elles sont déjà plantées d’ormeaux.

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Cliquez pour agrandirPlan de 1760 – Médiathèque du Grand Narbonne, fonds ancien CP 77

Contrairement au plan de 1720, les Barques de Bourg sont désormais plantées d’arbres. Peut-être sont-elles devenues déjà un lieu de promenade ? Il est à noter que ce côté du canal garde son rôle économique avec les entrepôts de sel.

 

Cliquez pour agrandirPlan de 1847 – Médiathèque du Grand Narbonne, fonds ancien CP 121.

Sur ce plan, la mention Promenade de Bourg indique que la rive droite de la Robine est devenue elle aussi un mail. Il existe au nord de la ville, à l’extérieur des fortifications, un autre lieu de balade fort prisé des Narbonnais, l’allée des Soupirs (emplacement de l’actuel quai de Lorraine).

Les Barques vers 1870 – Collection particulière

La promenade est délimitée côté Robine par les parapets édifiés au XVIIe siècle, époque où la canalisation de la Robine s’intensifie (construction d’écluses en aval et dans Narbonne). Le linge sèche sur les berges ; jusqu’aux années 1930, les rives du canal sont le domaine des lavandières (las bugadièras en langue d’Oc)..

Vision des Barques antérieure à 1877 – Collection particulière

Cliquez pour agrandir - Collection particulière

On aperçoit à l’arrière-plan la porte et le pont Sainte-Catherine, disparus respectivement en 1877 et 1885.

La porte et le pont Sainte-Catherine vus depuis les Barques de Bourg (actuel cours Mirabeau)La porte et le pont Sainte-Catherine vus depuis les Barques de Bourg (actuel cours Mirabeau). Le pont avait été construit en 1525 à l’emplacement d’un ouvrage médiéval. Au fil des siècles, il prit plusieurs appellations : pont de las Naus (navires, barques en Occitan), de la Cadena (car une chaîne était tendue chaque nuit sous son arche et empêchait l’entrée dans le port), enfin Sainte-Catherine. Il fut démoli en 1885 malgré son inscription aux Monuments historiques, l’arrêté étant arrivé à Narbonne trop tard. Cette photographie a été prise en 1866..

Édicule d’époque Renaissance abritant  une statue de la Vierge à l’EnfantÉdicule d’époque Renaissance abritant une statue de la Vierge à l’Enfant 

Collection particulière

Cet oratoire était situé au milieu du pont Sainte-Catherine. Lors de la démolition du pont, il est sauvé grâce à l’action de la Commission archéologique et littéraire de Narbonne et transféré en 1889 dans la cathédrale Saint-Just.

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La Robine, les Barques de Cité et de Bourg vues depuis le pont des Marchands

Cette photographie a été prise entre 1882, date de la construction de la passerelle métallique, et 1885, date de la démolition du pont Sainte-Catherine. Collection particulière

La Robine, les Barques de Cité et de Bourg vues depuis le pont des Marchands

Les Barques de Bourg vers 1870-1880

Sur le plan de 1884, cette artère porte le nom de cours de la Liberté, sur celui de 1901, celui de cours Mirabeau comme actuellement. Archives municipales de Narbonne.

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Les Barques et le cours Mirabeau 1900 – 1930

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Les Barques, les cours Mirabeau et de la République ont été à plusieurs reprises l’objet de transformations et travaux aux XIXe et XXe siècles.

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Le cours Mirabeau en 1900 – Collection particulière

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Le cours Mirabeau après les transformations réalisées en 1986 – Ville de Narbonne

Les Barques à travers les films de Jean Eustache (1938 – 1981)

De 1951 à 1957, Jean Eustache habite Narbonne place Albert Thomas (actuelle place des Quatre-Fontaines). Il se souvient de son adolescence narbonnaise dans un court métrage tourné dans notre ville l’hiver 1965-1966, Le père Noël a les yeux bleus avec en vedette Jean-Pierre Léaud, et dans un film réalisé durant l’été 1974, Mes petites amoureuses avec dans les rôles principaux Martin Loeb et Ingrid Caven. Dans ces deux films, l’essentiel des acteurs sont des amateurs originaires de notre région. Les Barques sont, aussi bien en 1965 qu’en 1974, le lieu de rendez-vous privilégié de la jeunesse narbonnaise.

Visionnez les extraits

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Le réaménagement des Barques et du cours Mirabeau (2012-2013)

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14 juillet 2013

Inauguration de la passerelle des Barques et spectacle pyrotechnique par le groupe OC sur les berges de la Robine et le pont des Marchands

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Bibliographie

Ce blog a été établi en consultant divers ouvrages issus des collections de la Médiathèque du Grand Narbonne :

• Chantal ALIBERT, Narbonne regards d’hier et d’aujourd’hui, Montpellier, Les Presses du Languedoc, 2005

• Narbonne mon amie, Narbonne, Association Connaître Narbonne, 1988

• André MÈCLE, Narbonne, Marguerittes (Gard), Équinoxe, 1992 (Métamorphoses)

• Des clics sur les Barques : photographies sur la promenade des Barques et le cours Mirabeau du XIXe siècle à nos jours, Narbonne, Ville de Narbonne, 2011

• Gilbert LARGUIER, Le drap et le grain en Languedoc : Narbonne et Narbonnais 1300-1789, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 1996 (Études)

• Visages de Narbonne au XVIe siècle, catalogue de l’exposition présentée à la Médiathèque du Grand Narbonne du 30 juin au 15 septembre 2008, Narbonne, Communauté d’agglomération, 2008

• L’Aude, histoire d’un fleuve, catalogue de l’exposition présentée à la Médiathèque du Grand Narbonne du 1er juillet au 19 septembre 2009, Narbonne, Communauté d’agglomération, 2009

Histoire d’une promenade : les Barques | Blog Patrimonial de la Médiathèque du Grand Narbonne.

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Commentaires (1)

  • Gilloup

    |

    Tout simplement excellent, Michel.
    Merci Giloup

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