Chronique du Comté de Narbonne.

 

 

 

 

Dimanche 5 Août de l’an 2012,

 

Qu’il fait chaud, Dieu qu’il fait chaud, mon oncle ! Les narbonnais s’allongent à l’ombre de leurs volets clos tandis que les touristes s’étalent au soleil sous leurs parasols publicitaires. Ceux là virent au rose pendant que les premiers rêvassent dans la pénombre. Enfin ! pour ceux qui se laissent aller à leurs lascives contemplations ou leurs oniriques chimères. Quant aux autres, mon oncle… Ainsi, l’été, en ces terres comtales, vivent deux mondes étrangers l’un à l’autre. D’un côté, les autochtones, pas tous, évidemment, qui fuient la foule, le bruit, le soleil, les glaces et les pizzas ; de l’autre, les estivants, pas tous, heureusement, qui frénétiquement les recherchent. Toutefois, une heure rapproche certains d’entre eux, sans pourtant les confondre : celle de l’apéritif. A la fraîche, vers les 20 heures ! Mêmes « marcels » et culottes fanés ; et mêmes boules de pétanques rouillées semblablement préparées. C’est l’heure où l’on commente aussi, entre deux verres de vin rosé, les Olympiades de Londres. Ainsi, supputent-on, avachis dans des chaises en plastique, les yeux mouillés et l’esprit brumeux, comme un ciel de la sombre Angleterre, des performances d’athlètes aux physiques enviés. Un hommage inouï rendu par des corps bien souvent flasques et disgracieux à la perfection plastique de superbes compétiteurs ; une étrange inversion du culte de la paresse par ceux là même qui s’y abandonnent. N’y a-t-il pas là, mon oncle, dans ces triviales manifestations du désir de ces « héros » des temps modernes, quelque chose de brutal et d’obscène, comme une négation de ce qu’ils incarnent d’énergie, de souffrance et d’efforts pour devenir ce qu’ils sont ? C’est dans ces moments relâchés que l’essence pornographique de nos mœurs s’exprime, si je puis dire, dans toute sa nudité. A la rentrée, quand la « flamme » olympique quittera Londres et la « normalité » reprendra ses droits, on ne louera plus les vertus de l’effort les pieds palmés à l’ombre d’un parasol. Elles seront niées et castrées. Le soleil, la mer et le temps du farniente, en ce mois d’août de l’an 2012, apparaîtront alors pour ce qu’ils furent : le cadre idéal d’une étrange et perverse transformation. Celle des valeurs de compétition et de performance en leur caricature estivale et apéritive…Normal !

A ce propos, mon oncle, je veux dire à propos des « vacances normales » de François de Gouda et de sa dame, les images que tu as eu la gentillesse de m’envoyer, sont particulièrement suggestives. Tous les deux grassouillets, et fagotés comme des sacs, ne leur manquent que l’épuisette et le seau à pâté pour ressembler à des beaufs de Reiser. Après le « bling, bling » du feu roi précédent, serions nous à présent entrés dans l’ère du « bla, bla » et du « plouf, plouf » ? Le rêve français ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires (1)

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    raynal

    |

    Tu as remarqué…? Ces types là, dès qu’ils enlevent la cravate pour faire décontractés, on dirait qu’ils ont peur d’etre inquétés pour attentat a la pudeur…

    Il ressemble a un vacancier  »cool » comme moi au cardinal camerlingue…Et pourtant celui là est normal !

    Tu as vu qu’il nous refait une petite bouée sous la ceinture notre Gouda national…?

    Il lui manque le bob Ricard et le marcel et il pourra venir a Narbonne Plage voir le forum RMC…T’imagine le remue ménage dans la ménagerie locale…?

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