Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique du Comté de Narbonne.

 

Jeudi 31 mai de l’an 2012,

Hier matin, mon oncle, revenant des Halles une « baguette » à la main, je me suis retrouvé au centre d’un labyrinthe de barrières en métal et de murs grillagés qui occupent désormais toute la promenade des « Barques ». Perdu, je n’ai du mon salut qu’en suivant le porteur d’une imposante tronçonneuse qui, miraculeusement, s’en allait à fortes enjambées, exsudant toutes ses eaux, vers quelque taverne située en dehors de ce sinistre chantier. Quelle désolation que d’arpenter ce mail au milieu d’engins pétaradant entre des platanes emmaillotés de grossières et  ridicules planchettes en bois blanc ! Et quel chagrin devant ces tapis de sciure noirâtre marquant de leurs sinistres présences ce qui fut la première rangée de ton mail, mon oncle, impitoyablement éradiquée ! Hécatombe prestement justifiée le lendemain de ce féroce abattage dans la gazette de Dédé de Navarre où figuraient  d’imposantes images de troncs malades et désespérément creux. Pendant trois jours, mon oncle, nos «  feuilles » locales ont exposé ces impudiques visions de platanes « pourris », comme pour assurer le « service après vente » des décisions prises par le  bon sieur Labatout. Entends moi bien, n’étant pas arboriculteur, je ne porte point de jugement sur la vérité du diagnostic posé sur ces malheureux végétaux par les jardiniers du Comté ; quoique une dame du « parti oxygéné » prétende que l’étant tous, creux , il fallait conséquemment les élimer tous. Non ! c’est plutôt de cette complaisante « couverture » gazetière étalée par nos gens de plumes dont je m’inquiète ici. Ah ! que n’aurait écrit  ton ami de la Natte, du temps du duc de Lemonyais, sur la noire misère de cabaretiers aux terrasses désertées et les pleurs de petits vieux sans sièges à l’ombre où caler leurs vénérables fessiers ? On rêve ! D’autant que nos gazetiers, obnubilés par ce massacre arboricole ne se sont guère épanchés sur la privation d’eau subie durant trois jours par des milliers de personnes des marquisats de Moussan, Marcorignan et Nevian ; pas le moindre entrefilet ! Peut être convenait-il de n’en rien dire pour ne point  peiner les puisatiers administrés par le comte de Labatout au sein de la Régie du Grand Comté, forts nombreux au demeurant, et au statut protégé. Six mois plus tôt, mon oncle, quand ce métier était confié à une compagnie fermière et privée, nul doute que nouvellistes et politiciens se seraient déchaînés ; ses dirigeants discrédités, ses profits vilipendés, et le « service public » glorifié. Ainsi va l’information, flottante au gré des affinités et des accointances de toute sorte, comme une bouteille à la mer dont le goulot seul s’offre à la vue d’un promeneur distrait.

Que je te dise aussi que le dimanche de Pentecôte où l’Esprit Saint donna aux apôtres le don des langues, une nuée de « bodorniens » revêtus d’une capote couleur «  framboise écrasée », distribuaient la profession de foi du Prince, dit le petit, de Gruissan, sur le parvis des Halles. On aurait dit de ces prosélytes joyeux, toujours bondissant et chantant, de ces nouvelles églises charismatiques. Daredare du Rocher en dirigeait le chœur, survolté par le miracle d’avoir à orchestrer, lui qui préside le microscopique « parti radinal », un aussi grand nombre de fidèles momentanément convertis à l’évangile du père, pardon!, du Prince de Gruissan ; des fidèles de circonstance et une  alliance profane autour du sieur Bodorniou pour l’envoyer siéger auprès du roi batave, dont il entend bientôt tirer partie dans sa conquête du marquisat de Coursan : son présent titulaire, Vladimir Plavich, reniflant l’ambition comme un renard les poules, l’ayant expulsé de son fief. Car il a de l’ambition notre jeune prêcheur au physique délié et gracieux, apprêté à la boboisante mode de discrète et élégante façon : ses chaussures en témoignent. Mais de cela je ne t’en dirai pas plus : il se fait tard, des lectures m’attendent. Non pour fuir ou seulement me distraire, mais, comme le disait ton ami, pour ouvrir une porte sur un monde enchanté : la lecture est une féconde amitié, n’est ce pas ?

Bonne nuit, mon oncle ; ou plutôt, bien le bonjour ! quand tu liras ces quelques lignes; demain matin, si le carrosse postal n’est point empêché par quelque attroupement de revendicatifs cochers en colère.

Ton fidèle neveu.

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Laisser un commentaire

Articles récents

Dans l'Aude, le tragique et la douleur ont fait brutalement irruption…

Dans l'Aude, le tragique et la douleur ont fait brutalement irruption…

      Narbonne, le 16 octobre à 13 heures Depuis hier soir, ne me quitte plus ce sentiment du dérisoire et de l'insignifiance  de la "vie" politique telle que la rapportent [Lire la suite]
La branlée du RCNM à Valence fera-t-elle réfléchir les "Socios" et les "autres"…

La branlée du RCNM à Valence fera-t-elle réfléchir les "Socios" et les "autres"…

          "Sucette", le gourou des Socios du RCNM, a beau s'en "beurrer les noisettes", sortir la lame et pointer son équipe en lui retirant son aide financière, [Lire la suite]
Une prison à Perpignan, mais pas à Narbonne, ni à Lézignan...

Une prison à Perpignan, mais pas à Narbonne, ni à Lézignan...

        Fin de l'enfumage médiatico-politique sur l'édification d'une prison dans le Narbonnais d'abord, puis le Lézignanais ensuite. L'État vient de s'engager en eff[Lire la suite]
François Hollande se déplace dans l'Aude sous de tristes auspices…

François Hollande se déplace dans l'Aude sous de tristes auspices…

François Hollande poursuit sa "tournée des popotes" dans les supermarchés et les grands magasins culturels. Parfois des librairies. Il y vend et signe ses "mémoires" quinquennales : "les leçons du po[Lire la suite]
Le Théâtre+Cinéma du Grand Narbonne et la Tempora du même : une mutualisation impossible ?

Le Théâtre+Cinéma du Grand Narbonne et la Tempora du même : une mutualisation impossible ?

        Samedi dernier, nous recevions, Jean-Claude et moi, à Radio Barques, madame  Marion Fouilland-Bousquet, la directrice du Théâtre+Cinéma Scène Nationale, du Grand [Lire la suite]
Les "Socios du RCNM" renversent les tonneaux : "pas un sou au club" !?

Les "Socios du RCNM" renversent les tonneaux : "pas un sou au club" !?

        « Sucette » et Marco, les deux (!?) présidents des « Socios » du RCNM ne font pas dans la guimauve épistolaire. C’est un véritable glaçon en effet qu’ils vien[Lire la suite]
%d blogueurs aiment cette page :