Chronique du Comté de Narbonne.

  Unknown     Mardi 27 novembre de l’an 2012  

Mon cher parent, je suis au regret de ne pouvoir satisfaire ta curiosité de savoir si le sieur de Sainte Lucques est toujours en cour auprès du comte de Labatout. De Lucques, qui à ma connaissance ne sont pas encore canonisées, je ne connais que celles dont on presse le fruit depuis toute éternité. On en tire une huile fort appréciée dont le dénommé « de Sainte Culques », puisqu’il s’agit bien de lui en réalité, serait bien inspiré d’en avaler matinalement quelques cuillerées. Ses vertus émollientes sont de grande renommée et devrait l’inspirer dans ses saillies de procureur du Comté qui ne cesse de perdre tous les procès engagés contre le sieur Lemonyais ; ce qui, pour cet avocat du petit barreau narbonnais, ne plaide pas pour la gloire de son cabinet. Ses amis gens de robe fraternellement intéressés le nomme désormais : «  de Sainte Claque » et lui chantent railleusement comptine : « Flic et flac dans l’eau qui claque, de Quinsac jusqu’à Soulac! Oh! qu’on pleure de douleur; Qu’on demeure en rumeur. De nos larmes faisons flaque! De nos larmes faisons lac! ». Eh bien, depuis le départ de la marquise de Fade à la Cour,  ce monsieur, de son sobriquet habillé qui lorgnait son premier fauteuil au Comté, s’est tout bonnement évaporé. Et dame Sandalier, finalement à lui préférée par le comte pour le seconder, de courir chambres et greniers du château à crier : « Monsieur, on tient conseil, et le Roi vous demande ! ». Depuis, cette sœur de charité à l’élégance un peu crispée a samedi été intronisée. Elle tient ambassade et vante désormais  vignes et vins du comté. Peut-être la verra-t-on chez Bébelle, elle aussi chanter… Ce que Sainte Claque, me dit-on dans des officines en tout point informées des cabales comtales, ne saurait supporter. Sa brouette est pleine, comme celle d’ Issaly, affirme le « Tirelire » de lundi. Un vénérable maître de petits maçons opératifs qui lâche son maillet après les plumes d’oie, par le Roi et les siens préférées à la truelle de ses males ouvriers qui triment sur les chantiers, assommés de charges et bientôt , jure-t-il, sans aucun deniers. Ainsi, mon oncle, comme à la Cour, jalousies et menteries courent les tavernes du comté. Des mouches les rapportent dans des chuchotis avinés; on complote, on brame et on rit ; on parle d’avenir en pleurant le passé ; des maisons se déchirent et le peuple se lamente. « L’histoire est un roman qui a été et le roman est de l’histoire qui aurait pu être » disent en vérité tes amis Jules et Edmond , que je vis ce tantôt. Comme celles ici contées pour te divertir en ces jours de grisaille et de fortes ondées.

Je t’embrasse, mon cher parent ! la vie est ailleurs et vais de ce pas tenter de la vivre…

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