Conte de Noël: Le téléphérique… de Sylvain Tesson.

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Je ne me lasse pas de cette nouvelle: « Le téléphérique », écrite par Sylvain Tesson. Elle figure dans son recueil: « S’abandonner à vivre », publié aux Éditions Gallimard, en 2014. Un vrai conte de Noël… Extrait:

Elle mettait sur ses Plätzchen une épaisseur de crème proportionnelle à la tendresse dont elle débordait. Elle pensait que le massepain adoucissait la dureté du monde. Elle transférait dans les strudels ses réserves d’amour. Ernst et Karl n’en pouvaient plus. Ils avaient déjà survécu ensemble à douze réveillons germaniques. Elle vivait dans la crème et eux rêvaient d’ozone. Ils avaient uniment contracté une indigestion. Greta était leur haut-le-cœur. Au fil des ans, les deux frères durcis par l’altitude avaient commencé à redouter l’approche du 24 décembre. Fêter la naissance du stoïcien crucifié par une bombance heurtait leur protestantisme. Et ces airs ravis des convives qui vous plantaient des couteaux dans le dos sitôt la porte fermée…

Ce soir, ils aspiraient à l’air sec, au vin clair, à la nuit pure. Ils allaient vivre un réveillon digne de Zarathoustra, sur la corde raide, pendus au câble d’acier. La cabine du téléphérique serait le lumignon de leur rêve, accroché au plafond de la nuit. En descendant par la benne de service, ils avaient bloqué le frein et, coupant la radio, ils avaient conquis leur tranquillité. Demain, ils regagneraient la station et s’expliqueraient avec Greta. Ernst enfonça le tire-bouchon dans le liège du pinot noir. Karl alluma le Primus. Au même instant, la trappe du plafond de la benne s’ouvrit violemment. Une bouffée glaciale s’engouffra dans la cabine et la tête d’un secouriste jaillit : «Les gars ! On y est arrivé ! Vous êtes sauvés ! On vous ramène en bas !»


 Tesson, Sylvain. «S’abandonner à vivre.»

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Commentaires (1)

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    robin

    |

    ach ! GRETA !

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