Contre-Regards

par Michel SANTO

Conte de Noël: Les fées …

 
220px-SophieAndersonTakethefairfaceofWoman

Huile sur toile, Sophie Anderson (1823 – 1903), collection privée. Londres.

  Ouverture:

Ce Noël-là, le froid s’était abattu. La Bretagne était un oursin mauve et blanc, hérissé de glace. La houle torturait l’océan. Le vent sifflait, coupé par l’aiguille des pins. Les rafales froissaient la lande, battaient au carreau. Le ciel ? En haillons. Des cavaleries de nuages chargeaient devant la lune. L’eau de l’abreuvoir avait gelé. C’était rare, chez nous. La ferme était bâtie au bord d’un talus surplombant la plage de Lostmac’h. Sur le côté du chemin, un menhir montait la garde depuis six mille ans. Le jour, la mer emplissait les fenêtres percées vers l’ouest. La nuit, il faisait bon écouter le ressac à l’abri des murs de granit. La satisfaction de contempler la tempête par la fenêtre, assis auprès d’un poêle, est le sentiment qui caractérise le mieux l’homme sédentaire, qui a renoncé à ses rêves. Au-dessus de la porte, l’aphorisme de Pétrarque gravé dans le linteau renseignait le visiteur sur notre idée du bonheur : Si quis tota die currens, pervenit ad vesperam, satis est.

Nous étions dix convives à la table du réveillon : Pauline, moi et les nôtres. Les uns, comme Alan et Morgane, étaient venus de Brest, les autres vivaient sur la presqu’île. Nous avions éteint les lumières et flottions, un peu ivres, dans la lueur des bougies. À travers les bouteilles vides, les flammes projetaient leurs grimaces sur les murs nus. Parfois, un reflet dessinait une silhouette, fugace, tremblante. — L’ombre des fées… dis-je. — Moi, j’y crois ! dit Pauline.

Final:

Nous étions sur la grève à mi-chemin entre nos deux bâtisses et à quelques dizaines de mètres de l’estran. On voyait distinctement l’endroit où Pierre était tombé. Le corps avait creusé le sable. De là partaient deux traces parallèles, rectilignes, qui filaient vers la maison de notre ami. C’étaient les pieds de Pierre qui avaient traîné dans le sable et creusé leur double griffe pendant qu’on le soutenait. Il n’y avait nulle autre empreinte. Aucune trace de ceux qui l’avait porté. Et Pierre, éperdu, regardait ce sillon pendant que la houle s’écroulait sans répit.


Extrais de: Tesson, Sylvain. « S’abandonner à vivre. »

Mots-clefs : ,

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Commentaires (2)

  • Nathalie MP

    |

    Cher Michel, je vous souhaite un très joyeux Noël 2015 et une année 2016 pleine de belles aventures de blog !
    Bien à vous,
    Nathalie MP

    Reply

  • Michel Santo

    Michel Santo

    |

    Merci Nathalie! Bonne veillée de Noël à vous aussi, et à bientôt de vous lire, toujours avec plaisir, et profit…
    Michel!

    Reply

Laisser un commentaire

Articles récents

Gazer ! Le mot et la chose, en jaune...

Gazer ! Le mot et la chose, en jaune...

Lundi matin aux Halles de Narbonne ! Accoudé à un bar, un de mes amis en compagnie de deux autres personnes. Très rapidement la conversation vire au Gilets Jaunes. Je reprends l'une d'entre el[Lire la suite]
Comment mieux lutter contre l'habitat indigne, dans la Narbonnaise… et ailleurs !

Comment mieux lutter contre l'habitat indigne, dans la Narbonnaise… et ailleurs !

J'ai reçu dans ma boîte de réception électronique ces photos. Ce sont celles d'un "appartement" de 13m2 avec une mezzanine… mais seulement accessible à genoux. Son loyer : 280€ ! L'installation élect[Lire la suite]
Le congrès des Gilets Jaunes des Pyrénées Orientales a tourné au vinaigre ...

Le congrès des Gilets Jaunes des Pyrénées Orientales a tourné au vinaigre ...

Plus de 500 sympathisants du mouvement des Gilets jaunes se sont rassemblés au centre culturel de Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales. Un centre culturel (!) mis à [Lire la suite]
Médias, pourquoi tant de haine et de défiance !

Médias, pourquoi tant de haine et de défiance !

   Eugénie Bastié, comme de nombreux autres journalistes, s'interroge dans le Figaro du jour : "Médias, pourquoi tant de haine ?". Une haine allant jusqu'à l'agression physique dans les[Lire la suite]
Chronique de Narbonne ! La plainte de Sainte-Cluque…

Chronique de Narbonne ! La plainte de Sainte-Cluque…

Eh bien ça promet ! Il ne suffisait pas que le porte parole du groupe d'opposition, Nicolas Sainte Cluque, conseiller général PS, dénonce la politique et les actions du maire Didier Mouly, avocat [Lire la suite]
Notes sur quelques aspects de la vie et de l'actualité narbonnaise...

Notes sur quelques aspects de la vie et de l'actualité narbonnaise...

D'abord cet épigraphe de Miguel Torga : « L'universel, c'est le local moins les murs », pour ouvrir ces notes prises à la volée ; en comprendre le sens. *Le président du Grand Narbonne annonce par vo[Lire la suite]
%d blogueurs aiment cette page :