Dans la nature, il ne s’y parle rien d’autre que notre langue maternelle…



IMG_0465.PNG

Ce texte de Gil Jouanard: La géographie, tout spécialement dans sa dimension géologique, par conséquent topographique, et la météorologie (ou le climat, si l’on préfère ce terme), sont assurément, avec le sentiment amoureux, les substrats nourriciers, sinon fondateurs, de l’élan poétique et de l’expression, le plus souvent écrite, qui en échoit.


Ce que nous désignons sous le terme de « nature » (dont l’initiale est fréquemment écrite en lettre majuscule) n’est en effet rien d’autre que le milieu « naturel » dont toutes les espèces animales, dont la nôtre, sont issues, tributaires et en fin de compte solidaires. Vous aussi bien que le gibbon, moi aussi bien que le lézard, elle aussi bien que la musaraigne, lui aussi bien que le faucheux. La notion de consubstantialité est en la circonstance si parfaitement appropriée qu’il ne serait nullement exagéré ou ridicule d’affirmer que nos liens de parenté avec le Grand Tout minéral et végétal, dont les poètes du Tchan chinois firent le motif quasiment exclusif de leur contre-lyrisme poétique et iconographique, sautent aux yeux de tout expert en contemplation. Allons plus loin dans la réflexion intuitive, et osons affirmer que tout ce Tout, qui nous englobe comme il englobe le granit et le teck, provient d’une seule et même cellule (appelons cela comme cela, même si un mot plus approprié serait peut-être opportun), que nous dirons par conséquent « originelle », pour ne pas dire, par extrapolation, « maternelle ». Sans doute convient-il de supposer que cette mère le fut par inadvertance, au gré de l’un de ces caprices dont le hasard ne cessé de nous gratifier et trop souvent de nous pénaliser. Et que, depuis toujours, elle se tenait en suspension, infime particule, dans ce vide qui n’est autre que le clone du Grand Rien. Et à ce rien, soudain ou plus sûrement à petit feu, quelque prodige tout aussi hasardeux du grand magma chimique s’employa à donner cette apparence de Grand Tout fondateur et frère ainé à la fois (finalement comme OEdipe fut l’un et l’autre de qui l’on sait ). Des lors, ne soyons pas étonnés d’éprouver si fort cet élan qui nous pousse vers ces proches parents sylvestres, champêtres, herbagers, feuillu, floraux, fruitiers, atmosphériques et météorologiques qui constituent la famille nombreuse de Dame Nature. Nous ne sommes pas seulement chez nous parmi ces enfants naturels : nous en faisons partie, nous en sommes. Il ne s’y parle, sans un seul mot, rien d’autre que notre langue maternelle.

Illustration: jardin Tchan

Mots-clefs : , , , , ,

Articles récents

  • 𝐂𝐡𝐞𝐳 𝐋𝐚𝐮𝐫𝐞𝐧𝐭.
    À table. Sur le mur,ses dernières lunettes,monture fuchsia vif,posées sur la tranche d’un petit tableau. Partager : Imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer Envoyer un lien par e-mail à un […]
    Aucun commentaire
  • 𝐋𝐚 𝐩𝐚𝐫𝐭 𝐝’𝐨𝐦𝐛𝐫𝐞.
    Chaque seconde apporte son lot de nouvelles. D’images. D’analyses. De commentaires. Puis de commentaires sur les commentaires. Rien n’arrive seul. Walter Benjamin observait déjà que les événements […]
    Aucun commentaire
  • 𝐋’𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐮 𝐦𝐚𝐭𝐢𝐧.
    Vêtements de maçon. Chaussures de sécurité.Il attend. Une cigarette. Quelques pas.Sur le banc, un sac en plastique jaune. Son casse-croûte. Hier, c’était une glacière. Partager : Imprimer(ouvre dans […]
    Aucun commentaire
  • 𝐋𝐞s 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞 𝐝𝐮 𝐣𝐨𝐮𝐫.
    Je ne sais pasce que mon regard, ce soir,va choisir. Partager : Imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer Envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail Tweet […]
    Aucun commentaire
  • 𝐌𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐫𝐞.
    Quand elle ne sera plus làQuand je serai partiLà-bas où il peut aussi faire jourUn oiseau doit chanter la nuitComme iciEt quand le vent passeLa montagne s’efface𝐿𝘦𝑠 𝑝𝘰𝑖𝘯𝑡𝘦𝑠 𝑏𝘭𝑎𝘯𝑐𝘩𝑒𝘴 𝘥𝑒 𝑙𝘢 […]
    Aucun commentaire

En savoir plus sur Contre-Regards

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture