Contre-Regards

par Michel SANTO

Des mœurs de la « noblesse » d’État et de Province dans notre République…


J’ai souvent fait état ici des survivances institutionnelles et culturelles de l’Ancien Régime dans notre République, dont Paris s’est longtemps voulu la nouvelle Rome. Je n’y reviendrai donc pas dans le détail ! Mais la circonstance de cette campagne électorale et les révélations, par la presse, de certains comportements passés d’un des candidats, m’amène à  relever une de ces constantes culturelles et politiques. Historiquement, en effet, nombre d’élus, quelles que soient les institutions qu’ils dirigent : État, régions, départements, métropoles, agglomérations… – « royalement » ! –, considèrent avoir le droit de se « servir », et servir leurs proches, comme la noblesse de Cour et de Province en son temps. J’observe, en outre, que si l’opinion publique est d’une très grande sévérité à leur égard quand il s’agit de la première : elle est par contre d’une très grande tolérance envers la seconde. La « proximité » géographique et humaine de cette dernière avec ses diverses clientèles locales expliquant sans doute cette complaisance envers des pratiques politiques que l’on peut qualifier, sans trop exagérer, de claniques ou clientélistes. On les critique, certes, dans les milieux dits bien informés, mais, dans le même temps, on sollicite un « piston » ou un « coup de pouce » pour un emploi, un passe-droit, une dérogation, un « marché », que sais-je encore !…  Bref ! l’espérance d’une faveur, annihile toute velléité de contestation publique.  D’autant que les médias locaux ne sont guère enclins à les relever, pour les dénoncer. Leur survie financière dépend, en effet, en grande partie, des pages publicitaires de ces mêmes institutions et de leurs « maîtres ». Dans ma région, par exemple, qui relèvera, pour s’en étonner, que le directeur Général des Services d’une agglomération dont la ville centre est le siège de la préfecture, voisine avec son propre fils, directeur de cabinet du président du Conseil Départemental ; ou que la fille de la propriétaire du groupe de presse en position de monopole jouisse d’un emploi dans une « filiale » du Conseil Régional ; ou bien encore qu’un assistant parlementaire pilote aussi une grosse fédération d’un parti politique tout en présidant une commission parlementaire de la même institution régionale. Personne ! Et qui donc aura la curiosité de se plonger dans les organigrammes de ces différents  organismes et pouvoirs locaux pour y constater – là aussi à tous les étages hiérarchiques – nombre d’agents proches par le patronyme ou l’engagement politique du cercle des élus dirigeants… Faisant ce constat, je ne veux en aucune manière disculper ceux qui, pris la main dans le sac, si je puis dire, prétendent aux plus hautes fonctions politiques de la République. Je demande seulement à mes lecteurs de faire un petit effort d’imagination pour évaluer, à l’échelle du pays tout entier, le nombre de ces pratiques, disons provinciales et moyenâgeuses. Des pratiques courantes, et assurées, pendant combien de temps encore, du silence complice, à quelques exceptions près, de tous ceux, qui, de près ou de loin, en tirent quelques bénéfices symboliques ou matériels… La conjoncture particulière que nous connaissons en ce moment ne saurait en effet masquer un état constant, hélas ! , de ces mœurs. Le devoir d’exemplarité doit être rempli à Paris, comme dans ma région et ma petite ville…

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Commentaires (3)

  • Aimé COUQUET

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    L’ancien régime est-il de retour ? La guillotine était-elle mal aiguisée ?

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  • Sysiphe

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    Je découvre avec surprise ce petit essai sur la noblesse d’état… il est actuellement de bon ton que de chercher griefs à tout politique ou tout responsable de la mise en oeuvre des politiques publiques. Pourtant à la relecture de votre parcours ci joint je ne peux que rapprocher vos faits d’armes d’alors à ce procès d’intentions et le doute distillé par vos mots rejaillit sur les belles « opportunités » de votre chemin professionnel. Voyez combien les rumeurs sont le produit de l’imagination des gens vulgaires, le reflet des plus basses conjectures… ne tombez plus si bas et ne dénigrer pas vos amis d’antan. Vous ne devez votre parcours qu’a vous même fait de choix et de renoncements, il en va ainsi pour chacun d’entres nous
    Qu’importe que l’on soit fille de patron de presse, cousin d’un député, fils d’un directeur , que je sache l’on ne remet pas en cause d’être le fil’d’un boucher ou la femme du boulanger … mais cela est une autre histoire(#128521#)

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Bonsoir ! Je ne sais que répondre à votre commentaire qui, à l’évidence, procède d’une lecture bien trop rapide de ce petit billet. Son objet était de mettre en parallèle ce qui se fait dans certaines parties, minoritaires, de la classe politique au plan national, et fort critiqué, souvent à raison, comme en ce moment, et des comportements et des pratiques, des mêmes , pas tous, bien heureusement, dans les collectivités locales (de celles dont je donne deux ou trois exemples dans mon texte) qui , elles, sont tues, voire tolérées… et qui mériteraient pourtant, à tout le moins, d’être interrogées. J’y vois là, peut être à tort, des restes d’une culture d’Ancien Régime… Sincèrement, je ne vois pas en quoi cette petite analyse serait justifiée par mon propre parcours professionnel ; comme s’il avait à voir, ou était la conséquence, le prix payé de je ne sais quelle allégeance politique parentale ou de quelque autre nature. Il ne dénigre pas non plus, ni mes « amis » serviteurs de l’Etat, je fus longtemps l’un des leurs, et fier de l’avoir été, ni ceux des collectivités locales, je le fus aussi, mais seulement, j’insiste encore, certaines pratiques, certains comportements. Il suffit de lire ce texte sans projeter sur lui des considérations personnelles et professionnelles pour s’en rendre compte pourtant aisément. Votre imagination, en l’occurrence, lui fait dire des « choses » qui semble toucher votre sensibilité, mais cependant forts éloignées de son objet initial. Dommage, j’aurais aimé avoir sur lui votre opinion. Cela dit, vous avez raison : toute vie professionnelle est faite de choix et de renoncements… Bien cordialement !

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