Éclats de mémoire.

Le grand café n’est plus. Il en reste un morceau, côté Robine. Le 89. Un Australien, ancien du Racing, tient la maison. Le reste, celui de l’angle, s’est fait boulangerie-pâtisserie. Devant, la terrasse. Nous y étions encore hier. Nous aimons prendre, régulièrement, de grands cafés crème.

Autrefois, le jeudi, jour de marché, le 89, comme l’appelaient les Narbonnais, débordait. Les gens des villages venaient ici. Ils parlaient fort, riaient, se saluaient. De grands lotos y étaient organisés lors des fêtes de Noël et du Nouvel An. Jean Eustache, les a immortalisé dans « Le Père Noël a les yeux bleus ».

Aujourd’hui, ce sont des touristes. Deux couples d’Espagnols à côté. Une famille, deux enfants, un père distrait. Plus loin, des hommes d’ailleurs. Leurs voix basses. Leurs doigts sur les téléphones. Tous reliés à un monde sans distance.

Je pensai à nos parents. À la lenteur d’avant. À ce que le temps a fait de nous. Les langues se mêlent, les visages changent. Mais le 89 reste. En partie. Autre façade, autre vie. Et la nostalgie, comme un reflet dans la Robine, bouge un peu. Mais ne s’efface pas.

Illustration : Le « 89 » en 1930.

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