Jacques Ibanès, promeneur amoureux de Narbonne…

   

     

Si j’en avais le pouvoir, je ferais le cadeau de ce merveilleux petit livre à tous ceux qui, par bonheur, hasard ou nécessité, résident, temporairement ou pas, dans ma petite cité narbonnaise. Certes les bibliothèques, librairies et présentoirs touristiques ne manquent pas d’ouvrages érudits ou utilitaires la concernant. Mais combien sont lus ? Je veux dire, lus avec gourmandise et plaisir. Pour cela, il faudrait que leurs auteurs aient l’esprit musicien, ou celui du poète ; que chaque rue, place, palais ou simple maison soit prétexte ou occasion de profondes et subtiles rêveries sentimentales, culturelles ou historiques. Et qu’un modeste hôtel de voyageur, le Lion d’Or, éveille en lui le souvenir de Jean Giono, qui y fit une rapide halte pour y déjeuner ; ou que le Cers, ce vent sec, souvent violent, lui rappelle les plaintes émises par Sénèque lors d’un de ses séjours ; ou qu’un cinéma, celui, au temps d’Eustache, lui donne la nostalgie de ces soirs d’été et de palabres, assis devant un brasero pour chasser les moustiques ; ou que de l’une de ces deux maisons voisines de la mienne, sortent les fantômes de Pierre Reverdy et Benjamin Crémieux, notamment. Jacques Ibanès, puisqu’il s’agit de lui, a précisément cette délicatesse et cette sensibilité du promeneur solitaire pour qui l’errance est d’abord un « voyage » dans l’imaginaire de sa ville ; un imaginaire à portée de vues, tapi dans la mémoire des pierres et des livres. Pour lui, les masques ne sont pas silencieux et les musiques lointaines. Quelques traces ténues sur les gradins de l’amphithéâtre du jardin Saint-Paul, et le poème de François Cheng, Nostalgie, s’entend, s’envole ; une mezouzah incrustée à la porte de la petite synagogue sise dans un écart de la rue Droite, et toute l’histoire de l’importante communauté juive au temps de Charlemagne s’invite dans notre présent. Enfin, je ne voudrais pas terminer mon rapide propos sans dire deux mots sur le style de Jacques Ibanès. Un style simple, juste et sensible, élégant ; un style qui ravit l’esprit et le cœur ; un style à faire aimer cette ville, par tous les temps…

 

Jacques Ibanès : « Le promeneur narbonnais » Éditions L’An Demain, 5 Quai d’Alger 34200 Sète

           

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