Contre-Regards

par Michel SANTO

L’anti spectacle kundérien.

 

 

Mes pages:

 

  

Parmi toutes celles lues cette dernière fin de semaine (peu, en vérité!), ce passage d’un article de J.P Enthoven sur Milan Kundera . Un Milan Kundera qui vient d’entrer dans l’illustre Bibliothèque de la Pléiade. Quasi invisible, on le célèbre partout, mais en son absence. Comme on le comprend!

 

« Toujours il sut se défier de la manie moderne, voire sentimentale, de travestir le réel en une vision extatique et idyllique du monde – mais l’Occident, qui l’accueillit bientôt et le fêta, ne l’entendait pas de la sorte : le Grand Spectacle avait besoin d’un romancier dissident, équipé de la panoplie martyrologique qui va avec. Énorme méprise : Aragon préfaça La plaisanterie (se dédouanant ainsi de son vieux stalinisme) et les gazettes transformèrent le deuxième coup de Prague en inaugural coup de pub. Résultat : Kundera eut du succès, mais on décida de le lire comme un auteur politique- ce qu’il n’était guère.

 

 

Pour lui, un romancier n’a pas à être enraciné dans son pays ni dans une idéologie, mais dans des thèmes existentiels qu’il fait varier à l’infini. C’est un anatomiste des passions humaines en pleine possession de sa lucidité critique et sexuelle. D’où le programme kundérien : non au pathétique, au “Bien”, au “Mal”, à l’illusion lyrique, au tragique et à tous ces trucs qui font vibrer ; oui à la composition, à la fragmentation, à la bifurcation ; oui à l’étude du “décalage” entre ce que l’on croit savoir de soi et ce que l’on est en réalité. Ce faisant, il avait bien l’intention de revenir à la “première mi-temps” de l’histoire du roman (Rabelais, Cervantès…) en l’augmentant de ce que d’autres (Broch, Kafka…) y avaient ajouté en seconde mi-temps. Ses livres, bien sûr, sont fidèles à cette feuille de route : ils grincent, l’émotion y circule moins que l’intelligence, le dérisoire y règne sans partage. Ces machines, bâties comme des partitions où les thèmes s’enlacent et se répondent, sont irrécupérables pour la “dissidence”, pour le parti, pour la nation. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Laisser un commentaire

Articles récents

Le 19 août 2019, Narbonne commémorait et fêtait le 75e anniversaire de sa libération…

Le 19 août 2019, Narbonne commémorait et fêtait le 75e anniversaire de sa libération…

    Avant-hier, en début de soirée, place de l’Hôtel de Ville,  sous un ciel bas, nuageux et sombre qu’agitait un vent du Nord agressif et frisquet, une foule cosmopolite et vac[Lire la suite]
Où est l’Occitanie ? Jean Cau.

Où est l’Occitanie ? Jean Cau.

  Cette page (84 et 85) de Jean Cau dans "La Grande prostituée (Traité de morale II)" publié à la Table Ronde en 1974. Jean Cau qui, dans cet ouvrage, annonce les "Exorcismes spirituels" de [Lire la suite]
Municipales2020 : L'Assomption des communistes narbonnais…

Municipales2020 : L'Assomption des communistes narbonnais…

        Les communistes narbonnais ont le sens des symboles. Et c'est en plein wek end de l'Assomption qu'ils viennent de délivrer publiquement leur évangile politique en vue [Lire la suite]
Pages d'auteurs : Flaubert sur la Beauté, l'Art…

Pages d'auteurs : Flaubert sur la Beauté, l'Art…

      Lettres à Louise Colet : Extraits sur la Beauté, l'Art "Si le sentiment de l’insuffisance humaine, du néant de la vie venait à périr (ce qui serait la conséquence de leu[Lire la suite]
Réchauffement climatique : l'énorme ampleur de l’écart entre les opinions publiques et les présentations les plus simples des sciences du climat…

Réchauffement climatique : l'énorme ampleur de l’écart entre les opinions publiques et les présentat

    Très intéressant article de Sylvestre Huet : "Climato scepticisme et médias : la duperie".  Dans une première partie, il y est montre, en s'appuyant sur les travaux de trois jeunes ch[Lire la suite]
Une page de Simon Leys sur la tyrannie du mauvais goût, de l'ignorance et de la stupidité...dans "Le bonheur des petits poissons".

Une page de Simon Leys sur la tyrannie du mauvais goût, de l'ignorance et de la stupidité...dans "Le

      À ce moment, je fus frappé d'une évidence qui ne m'a plus jamais quitté depuis : les vrais philistins ne sont pas des gens incapables de reconnaître la bea[Lire la suite]
  
2006-2019 © Contre-Regards
Conçu par OnEric Studio