Contre-Regards

par Michel SANTO

La laïcité, rempart de la République !

Cet article de Malika Sorel-Sutter, dans le Figaro d’hier (édition « abonnés »), c’est à dire le jour même de la réunion de la Cour de Cassation qui examinait l’affaire Baby Loup . En attendant son délibéré le 25 juin, lire aussi le compte rendu qu’en fait Elisabeth Lévy en cliquant sur ce lien.

« Après cinq années de procédure, la Cour de cassation se réunit en assemblée plénière le 16 juin pour examiner l’affaire Baby Loup. Lors de l’audience à la Cour d’appel de Paris, en octobre dernier, l’avocat de la puéricultrice licenciée en raison de son refus d’ôter son voile sur son lieu de travail a plaidé la nécessité, pour la direction de la crèche, de respecter « le contexte local ». Il a souligné à plusieurs reprises que dans ce quartier les musulmans étaient présents « en proportion significative ». Selon l’avocat, la crèche devrait donc « se plier à la diversité » et il ne lui appartient pas de « faire de l’intégration et de corriger des dysfonctionnements communautaires ». Fin 2013, Baby Loup a dû déménager et changer de commune. Le concept de diversité imposé en France avec beaucoup d’inconscience mène, dans les faits, à l’effacement de la diversité culturelle. L’avocat de la puéricultrice a le mérite d’énoncer le véritable enjeu que révèle cette affaire. Quel corpus de lois, quelles règles de savoir-être, qui ne sont que la traduction de l’histoire culturelle et politique d’un peuple, doivent être appliqués et respectés ? Ces lois et ces règles doivent-elles être aujourd’hui adaptées à chaque territoire en fonction des populations ? Si oui, le peuple français acceptera-t-il de renoncer à l’unicité et à l’indivisibilité de la République ? La responsabilité qui pèse sur les épaules des hauts magistrats de la Cour de cassation n’est pas mince ; leur décision sera lourde de conséquences. La suppression de fait de la circulaire Chatel sur l’encadrement des sorties scolaires par des parents d’élèves est un autre motif d’inquiétude. Cette circulaire Chatel, édictée pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, vise à soustraire, pendant le temps scolaire, les élèves des tensions identitaires qui vont croissant dans notre société, dans la louable perspective de leur assurer une sérénité qui favorise leurs chances de réussite scolaire. Ce sont en effet le plus souvent les centres de transmission du savoir qui sont ciblés dans un premier temps. Rappelons-nous l’affaire du voile de Creil en 1989. Cette stratégie, je l’ai aussi observée en Algérie dans les années 1980. Bien d’autres pays pourraient aujourd’hui être cités. Or, le 23 décembre 2013, en réponse à une demande de clarification du Défenseur des droits Dominique Baudis, le Conseil d’État émettait un avis selon lequel « le principe de laïcité n’est opposable qu’aux agents de la fonction publique et non pas aux usagers ». Pourtant, les parents accompagnant une sortie scolaire ne sont en aucun cas des usagers. Ils collaborent à l’encadrement d’une sortie pédagogique qui se déroule sur le temps scolaire. La laïcité doit donc s’appliquer. Il n’y a aucun flou en la matière. Or, sitôt entré en fonction, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Benoît Hamon, a déclaré que, concernant l’accompagnement de sorties scolaires par des mères voilées, « il faut regarder au cas par cas, et faire preuve de discernement ». Dans les faits, il enterre la circulaire Chatel. L’application du principe de laïcité est appelée à devenir l’exception et non la norme. Dans un contexte général de confusion et d’incohérence, il était illusoire d’espérer que des immigrés et leurs descendants issus de sociétés qui n’ont pas été sculptées par les mêmes courants de pensée que la société française – celles-là ignorent la liberté individuelle ainsi que la séparation du spirituel et du temporel, et le religieux prime sur le politique – puissent se résoudre à respecter la laïcité. Lorsque des êtres humains migrent, ce sont aussi des systèmes de perception des autres et du monde qui les accompagnent. Si le choix leur est laissé, alors leur décision est naturellement celle qui leur provoquera le moins de tensions personnelles. C’est humain. C’est pourquoi on assiste, partout en Europe, à un refus de se conformer aux normes collectives des pays d’accueil. La capitulation par anticipation de nos élites nourrit les revendications communautaires. Aucune sphère n’est épargnée : enseignement supérieur, hôpitaux, prisons, armées. La fragilisation de la société française ne date pas d’aujourd’hui. En 1981, le gouvernement de l’époque a institué, sur la base d’un diagnostic erroné, des politiques inégalitaires entre les territoires, qui débutèrent avec les ZEP. Ces erreurs se poursuivent depuis alors que, hier comme aujourd’hui, nous ne sommes pas confrontés à une problématique d’ordre socio-économique, mais identitaire. Lors du Forum international contre l’islamophobie qui s’est déroulé à Paris mi-décembre 2013, des intervenants affichaient la couleur le plus tranquillement du monde : ils voulaient « obtenir l’abrogation de la circulaire Chatel ». Ensuite, déclaraient-ils, il serait facile de faire tomber la loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école. Ceux qui pensent que ces controverses sont le fait de crispations féministes ou de poussées de fièvre laïciste ; ceux qui ont inventé le vocable d’« intégristes de la laïcité » pour mieux l’affaiblir se sont fourvoyés. Ils ont, le plus souvent sans le savoir, endossé le rôle d’idiots utiles, participant à décupler les forces qui œuvrent à faire voler en éclats notre société. La laïcité constitue notre dernier rempart. Quelle que soit notre culture de naissance, sachons nous réunir dans un élan collectif pour la préserver. Il n’est que temps. Il ne tient qu’à nous que rien ne soit perdu, car, comme l’écrivait le général de Gaulle, « vingt siècles d’histoire sont là pour attester qu’on a toujours raison d’avoir foi en la France » ; j’ajouterai, et en son peuple. »

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