Contre-Regards

par Michel SANTO

Le 19 août 2019, Narbonne commémorait et fêtait le 75e anniversaire de sa libération…

 

Les Andrews Sisters 1940.

 

Avant-hier, en début de soirée, place de l’Hôtel de Ville,  sous un ciel bas, nuageux et sombre qu’agitait un vent du Nord agressif et frisquet, une foule cosmopolite et vacancière traînait son ennui autour de la fosse exposant une portion de la Via Domitia, en la circonstance protégée par des barrières métalliques, tandis que des producteurs locaux de vins, de confits de canard, de riz et de fruits de saison finissaient d’installer leurs étals, et pour certains leurs tables ou leurs tonneaux.

Un affairement marchand inhabituel  en ce lieu, dont  je compris très vite, à entendre des airs de musique américaine sur lesquels dansait un couple de figurants déguisés en soldats de la même origine, qu’il n’était que l’anachronique moment festif du 75e anniversaire de la libération de Narbonne — le 19 août 1944 — et de l’hommage rendu un peu plus tôt par le maire de Narbonne et de nombreux autres élus et candidats à l’être en 2020, aux Martyrs de la Résistance et de la Déportation, sur l’anonyme et modeste fausse place de « l’Appel du 18 juin 1940 » située, elle, dans le quartier populaire de Bourg… Observant la noria de cette multitude fagotée dans l’informe style aoutien  jouant à son insu ce symbolique et jovial « retour à la vie » qui, si j’en crois les photos d’époque et les fantomatiques souvenirs de mes parents discrètement  évoqués lors de rares réunions familiales, n’était pourtant empreint que d’un profond sentiment de lassitude, je pensais alors à mon cher grand-père maternel Michel, mort, hélas ! trop tôt, quelques années à peine après son retour de Bunchenwald. Comment aurait-il accueilli cette parodie de « renaissance » citadine et républicaine dans cette ambiance contemporaine où tout est prétexte à l’animation « culturelle » des centres-villes afin d’en « accroître l’attractivité » commerciale ? Aurait-il été perturbé, comme je l’ai été en ce début de semaine par cette dégradation de l’esprit public qui, paré ou pas des plus belles intentions, fait de tout évènement matière à spectacle en le vidant de son épaisseur historique ? J’aime à le penser. Comme j’aime à imaginer son sourire à la vue de ces deux personnages calottés virevoltants sur  une petite estrade d’une petite ville qui ne vit jamais de soldats américains la délivrer un 19 août 1944…

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Commentaires (1)

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    Marie-Josée NAVARRO

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    je suis allée voir avec mon mari et mes petites filles. Le couple dansait très bien. il fallait bien se déplacer pour cette occasion. C’est sûr, ton grand père, buckenwal mon père Dachau je ne sais pas ce qu’ils auraient pensé

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