Le savoir ne nous protège pas, la vie méprise la raison…

 

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Une petite respiration littéraire aujourd’hui avec ces deux fragments notés hier soir et ce matin au cours de ma lecture du roman de James Salter  » Un bonheur parfait « . On ne jouera pas au critique pour présenter cet auteur et son oeuvre. Le dernier numéro de Répliques, sur France Culture, et l’entretien de François Busnel avec cet auteur suffisent à donner l’envie d’entrer dans son oeuvre…Enfin! je dis cela en étant persuadé du contraire pour nombre de ceux qui liront ces extraits.Tant pis !

 

                                           *** 

 

 

 » Leur vie est mystérieuse. Pareille à une forêt. De loin, elle semble posséder une unité, on peut l’embrasser du regard, la décrire, mais, de près, elle commence à se diviser en fragments d’ombre et de lumière, sa densité vous aveugle. A l’intérieur, il n’y a pas de forme, juste une prodigieuse quantité de détails disséminés : sons exotiques, flaques de soleil, feuillage, arbres tombés, petits animaux qui s’enfuient au craquement d’un rameau, insectes, silence, fleurs.

 

Et toute cette texture solidaire, entremêlée, est une illusion. En réalité, il existe deux sortes de vie, selon la formule de Viri : celle que les gens croient que vous menez, et l’autre. Et c’est l’autre qui pose des problèmes, et que nous désirons ardemment voir. « 


                                                                ***

 

«  Mais le savoir ne vous protège pas, la vie méprise la raison; elle le force à faire antichambre à attendre dehors. La passion, l’énergie les mensonges, voilà ce que la vie admire. Néanmoins on est capable de supporter beaucoup de choses si l’humanité entière nous regarde? Les martyrs sont là pour le prouver. Nous vivons dans l’attention des autres. Nous nous tournons vers elle comme les fleurs vers le soleil. 

 

Il n’existe pas de vie complète, seulement des fragments. Nous ne sommes nés pour ne rien avoir, pour que tout file entre nos doigts. Pourtant , cette fuite, ce flux des rencontres , ces luttes , ces rêves…. Il faut être une créature non pensante, comme la tortue. Être  résolu, aveugle.  Car tout ce que nous entreprenons et même ce que nous ne faisons pas nous empêche d’agir à l’opposé. Les actes détruisent leurs alternatives, c’est cela le paradoxe.  De sorte que la vie est une question de choix- chacun est définitif et sans grande importance, comme le geste de jeter des galets dans la mer. « 

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