Les prédateurs du Midi.

Midi Libre n’a jamais été un journal tranquille. Il est né dans l’après-guerre, dans la poussière des imprimeries que l’on secoue comme on secoue une démocratie neuve. Il portait haut les couleurs d’un Sud qui croyait encore au courage des hommes et aux mots simples. Puis le temps a passé. Et les prédateurs sont arrivés.

Molénat raconte cette histoire sans gras, comme on déroule une corde usée. Hersant, Sud-Ouest, La Dépêche… Chaque repreneur avance masqué, armé de promesses et de calculs. Le journal devient un territoire. On l’achète comme on achète un morceau de littoral : pour placer ses pions, renforcer son pouvoir, verrouiller son fief. Rien n’est plus politique que la presse, surtout quand elle prétend ne l’être jamais.

Le lecteur informé, lui, regarde. Il sait les coups tordus, les portes latérales, les alliances d’arrière-salle. Molénat décrit ce bal sans noblesse avec une précision froide. On y voit des actionnaires qui parlent d’indépendance comme on parle de météo. On y voit des élus qui chuchotent à l’oreille des directeurs. On y voit des journalistes qui tentent de tenir debout, entre loyauté et lucidité, sous le poids silencieux de ceux qui les payent.

Midi Libre, c’est une histoire régionale qui dit une vérité nationale : en France, la presse locale est un gibier facile. Les puissants s’y servent. Les faibles s’y cachent. Les lecteurs, eux, continuent de croire qu’un titre suffit à garantir une liberté. C’est touchant. C’est faux.

Molénat ne moralise pas. Il constate. Et son opuscule, mince comme un manifeste, rappelle que les journaux meurent rarement de manque d’encre. Ils meurent d’être mangés vivants.

Cette fois, les prédateurs ont laissé des traces. Et un livre pour les suivre.

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