Contre-Regards

par Michel SANTO

Mais quelle stratégie de communication touristique pour le département de l’Aude ?

         

J’apprends que l’Agence de Développement Touristique de l’Aude veut repenser son « marketing » de la « destination Aude » (Passons sur ce langage de communicant puissamment détestable : il faut faire avec, hélas, pour se faire comprendre – ce dont toutefois je doute .) Il serait temps, en effet ! Je n’ai jamais saisi, notamment, les raisons qui ont amené les décideurs de ce Département à choisir la « marque Pays Cathare » * comme bannière d’un territoire qui ne possède aucun site patrimonial clairement identifié à ce mouvement religieux ; alors que l’Aude possède, a contrario, avec la Cité de Carcassonne et l’ensemble monumental de Narbonne (entre autres monuments historiques), les sites médiévaux les plus visités de l’ex-Région Languedoc-Roussillon (sans parler du canal du midi). Cela dit, le Département n’est pas seul en cause dans l’affichage (pour rester dans la com !) d’un tel contresens historique (et touristique).La Ville de Narbonne ne s’est elle pas « vendue », en effet, depuis plus de 20 ans (et aujourd’hui encore) comme « romaine » ** sans pouvoir présenter à ses visiteurs rien d’autre que des vestiges lapidaires de cette période, entassés dans une ancienne église fortifiée (au demeurant fort belle, mais très négligée) ? Que penser aussi de cet autre « marqueur » (nous sommes toujours dans l’imaginaire publicitaire !) quasiment absent de la communication départementale : le littoral, ses lagunes (les plus belles de la côte méditerranéenne) sur sa partie régionale, ses stations balnéaires et ses spots de glisse. Le médiéval et le littoral (pour aller vite dans l’expression) représentant, et de loin, les identités les plus attractives en nombre de visites et d’unités de consommation, comment donc expliquer leur effacement (relatif, certes, mais réel), dans une stratégie de communication digne de ce nom. L’autre problème, (certainement le plus redoutable), à supposer que tous les acteurs institutionnels se mettent d’accord sur une stratégie partagée, est le mille-feuille administrativo-politique dans lequel la « compétence » tourisme se trouve encore aujourd’hui diluée : une agence départementale ; deux offices de tourisme sur le Carcassonnais – un intercommunal et un communal – ; quatre sur le Narbonnais – trois communaux et un intercommunautaire – ; un comité régional du tourisme – filiale de la Région censée être chef de file dans l’exercice de cette compétence. Bref ! un écosystème dans lequel l’entropie est à son maximum. Et qui, pour être véritablement efficace, devrait amener ses différents acteurs institutionnels à partager, mutualiser, stratégie et moyens de leur propre communication : charte graphique, « accroches » etc. À lire le peu d’analyses sur ce sujet, je dois dire (je  peux me tromper), que je ne sens pas, dans cette Aude au visage publicitaire étrangément anachronique, un courant porteur allant dans ce sens (pour le moment, en tout cas).  Sébastien Pla, jeune maire d’un petit village dominé par le superbe site de Peyrepertuse, préside la commission tourisme de la Région et l’Agence de Développement Touristique du Département. Loin des rivalités entre les hommes qui président aux destinées des grandes institutions de ce département, englués dans des conflits de territoire (qui dépassent d’ailleurs les clivages politiques traditionnels), on ne peut que l’inciter à leur faire prendre, si je puis dire, de la hauteur… De son château, la vue sur ce département et son voisin en partie pyrénéen est spendide… Elle offre de belles perspectives à l’imagination…

 

*Je pense que ce choix s’est d’abord voulu comme un marqueur politique héritée de l’Occitanisme des années 1960 (le terme cathare s’est imposé dans ces années-là) dressé contre le centralisme jacobin et parisien

**Médiévale par son magnifique patrimoine, elle ne saurait rivaliser et concurrencer, même avec le futur musée régional (le MuReNa), les sites romains remarquables du Gard (Pont du Gard, Arènes et Maison Carrée de Nîmes), pour me limiter aux seulesfrontières administratives de la Région (Arles n’est pas loin !).

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Commentaires (3)

  • Dumas michel

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    Si Narbonne est la première fille hors de Rome, c’est une fille oubliée . Reste le Catharisme ses châteaux et ses sites ainsi que l’ensemble du paysage de ce département superbe qui porte cette histoire. Hélas aucun chemin touristique d’ensemble sur le thème du Catharisme n’est tracé d’étape en étape comme peut l’être celui de St Jacques de Compostelle. Voilà un projet majeur au cours duquel serait mis en valeur en même temps, ce patrimoine, son histoire et celui de l’accueil que pourrait offrir les maisons d’hôte et la production viticole locale. Ce lien entre l’histoire et l’activité agricole , viticole et autre pourrait offrir un catalogue touristique global porteur pour notre département. Encore faudra t il monter ce projet avec les associations existantes, afin de finaliser une proposition locale, départementale régionale et nationale. Mesdames et Messieurs les élus auront du pain sur la planche. Qui s’y colle?..

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Il n’existe pas de châteaux cathares ! C’est un des arguments de ce billet : cette marque pays cathare est un contresens total…

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  • Jahan

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    Bonjour, Il est intéressant et passionnant de se pencher sur les slogans et appellations que les communiquants s’attachent à coller sur un territoire pour En favoriser la fréquentation. La marque Pays Cathare a fait son effet, au détriment, et vous le relevez très justement, de La réalité historique. Le marketing touristique qui a fait son chemin avec cette appellation dans toute l’Europe, â fait gagner à l’Aude notoriété et un accroissement de sa fréquentation grâce à cette appellation quasi mensongère. Mais vu d’ailleurs, le Pays cathare englobe aussi Montsegur, Montaillou, Minerve, Béziers. On peut arriver au catharisme si on le cherche vraiment. Il y a eu dans les annees 80 Le Centre national d’études cathares à Villegly qui accueillait des chercheurs, étudiants, écrivains du monde entier. Pour ce qui est du littoral, les stations sont équipées depuis fort longtemps en outils de promotion commercialisation, avec du personnel linguiste, elles n’ont pas eu vraiment besoin de la promotion du département, et jouent solo ou entre stations dans domaines qui les concernent plus précisément (ports, sports nautiques, événementiels). Mais je suis d’accord avec vous, la mutualisation des moyens dans le domaine de la promotion touristique, et une certaine harmonisation de la communication seraient plus sages sinon efficaces. Contente d’échanger sur ce sujet avec vous. Anik Jahan

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