Moment de vie : de Mateille à Saint-Pierre-la-Mer, rencontres et souvenirs…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jeudi matin 7 heures, départ de Mateille (Gruissan) pour Saint- Pierre- la- Mer, par les plages. Le « Grec » (un vent de nord-est humide) avait amené durant la nuit une masse indistincte de nuages présentant une riche palette de gris. Ce matin sera donc sans aube ; et les hommes et les choses en porteront le deuil : aucune lumière, ou si peu, ne permettra dans distinguer les traits, les formes et les couleurs. Arrivé au grau asséché des Ayguades faisant plage, en son milieu précisément, face à la mer, une seule ombre marque un horizon bouché : celle d’un homme assis dans la position du lotus. Il aura attendu en vain le lever du soleil. Mais peut-être prête-t-il l’oreille à la rumeur de la mer : elle semble gronder légèrement sous ce ciel bas et lourd et ses vagues languissantes font un bruit sourd et mat en retombant sur le sable. Je le laisse à sa méditation solitaire et poursuis ma route, jusqu’à suivre quelques instants, à l’entrée de Narbonne-Plage, un homme casqué d’écouteurs. Il balance de gauche à droite la perche de son détecteur de métal, ausculte le sol. Dans sa main gauche, il tient une petite boîte tramée de fils de fer – vide –, dans laquelle il déposera ses trésors. Lui seul les connaît : ils sont de pure imagination. Mais sa tenue et ses « outils », à n’en point douter, leur confèrent, à ses yeux en tout cas, une présence réelle : là, à portée de main, sous cette mince couche de sable… Jeudi est aussi jour de marché dans cette station ancienne au maisons de front de mer bâties dans le style des années 60-70. Je le longe au moment où les commerçants installent leurs tables et déballent leurs marchandises. Point d’autres animations : les fenêtres et les rideaux sont encore tirés. J’aperçois et m’attarde devant ce qui fut un hôtel-restaurant « coté », désormais réduit à l’état d’épave de béton : « La Caravelle ». Il y avait foule les dimanches, à midi. J’y ai mangé des fruits de mer avec mes parents. C’était jour de fête, c’était dans un autre temps. Un incendie l’a achevée. Plus loin, un immense panneau signé P. Chappert-Gaujal détourne les codes et formes publicitaires et offre à la vue son univers marin, de fer et d’acier. Le fond de ciel moiré de gris, le met en valeur, paradoxalement l’allège ; et dans ces entrelacs de ferraille, des voiles s’animent, des archipels naissent ; et des cartes marines dessinent des lointains fantasmés… Comme chacune de mes rencontres et souvenirs de ce matin là composent eux aussi, à leur manière, une histoire, un tableau ou un « trésor » pris au passage du temps.
 
 
 
 

Oeuvre signée Patrick Chappert-Gaujal exposée à Narbonne-Plage. Photo @michelsanto

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Commentaires (2)

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    clodoweg ( clodoweg

    |

    L’air marin ne vaut rien aux œuvres de métal.
    Espérons pour la sculpture qu’elle ne restera pas trop longtemps exposée à cet endroit.

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    Aubut

    |

    Enfin une magnifique œuvre d’art.

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