Moments de vie : Emballez, c’est vendu.

Moments de vie : Emballez, c’est vendu.

À la recherche d’un cadeau pour Milo. Six ans aujourd’hui.

Dans l’espace Enfant de Cultura, des montagnes de livres et de jeux sur les dinosaures. Milo en a plein le garage de ses parents. Des gros, des petits. À roulettes, sur pattes. Avec des queues de toutes tailles. Longues, courtes. Lisses ou bardées d’éperons. J’avais juré de ne pas en rajouter. Peine perdue. Il en veut encore.

Je demande au jeune vendeur d’où vient cette folie. Il hausse les épaules. Un dessin animé américain, sans doute. Bref. Je finis par trouver quelque chose. Top secret.

La caisse passée, je m’attaque à l’empaquetage. Devant l’entrée. Dans un sas vitré en surchauffe. Effet de serre garanti. Soleil à plein régime depuis le matin.

Je m’y reprends trois fois. Résultat lamentable. Coins troués, nœud de travers. Une dame me regarde. Soixantaine fatiguée. Cheveux jaunes et blancs à la racine. Un vilain sourire.

— Profitez-en, qu’elle me dit.

— Pardon ?

— Oui, profitez-en. Pour Noël. Ils coûteront moins cher que les médicaments.

— Pardon ?

— Avec ce qu’ils nous préparent là-haut, on va payer les médicaments plein pot…

Je la regarde, stupéfait. Et là, je vois devant moi un condensé de France biberonnée aux fake news. Ignorante et sûre d’elle. Méchante, satisfaite. Imperméable à la raison. Et cette question qui me claque au front : mais d’où sort-elle ces âneries ?

Je sors du magasin, paquet sous le bras, la tête lourde. Je pense à elle, à tant d’autres. Des braves gens, dit-on. Mais perdus dans le brouillard des colères prêtes-à-penser. Une foule tranquille, convaincue qu’on la trompe, et qui gobe tout.

Voilà le pays songeai-je : un grand marché où l’on vend la peur, emballée comme un jouet d’enfant.

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