Moments de vie : Je n’oublie pas que ce jour est celui de l’Épiphanie.

 
 
 
 
 
Ve.6.1.2023
 
Moment de vie.
 

Ils sont trois ou quatre sur l’axe reliant la place de l’hôtel de ville et le quartier de Bourg. D’autres seront un peu plus loin sur la promenade des Barques, postés à hauteur de la passerelle enjambant le canal de la Robine. Et d’autres encore ailleurs en des lieux parmi les plus fréquentés de la ville. Et ce tous les matins. Outre cette parfaite connaissance de ma petite cité et de ses mœurs, j’ai pu constater chez eux la grande diversité de leur composition et la constance de leur « engagement » Toutes les catégories d’âge et de sexe y sont en effet représentées. Avec le plus souvent une parfaite égalité homme-femme. Ils semblent heureux d’être ensemble et bavardent gaiement autour de leur présentoir mobile.

J’ai aussi remarqué dans le groupe établi devant chez moi, la présence assez régulière d’un petit homme coiffé d’une casquette portugaise. Nous nous saluons depuis. Rien d’autre entre nous qu’un « Bonjour ! » Aujourd’hui, le message affiché en gros, en gras et en noir sur son panneau était « La paix », « avec la bible » précisé en petits caractères, juste au-dessous. Une invite à prendre une de leurs brochures y figurait aussi. Un œil attentif pouvait y lire : « Les témoins de Jéhovah ».
Il fut un temps, pensais-je, où d’autres petits groupes militants « tenaient » les places et les rues de nos villes. Ils invitaient les passants à les rejoindre dans leurs luttes pour la justice et la paix, contre les guerres et les dictatures un peu partout dans le monde. La certitude d’être la part vivante du cours de l’histoire et l’espérance d’un avenir radieux s’exprimaient dans leurs yeux, sur leurs lèvres. Des macarons collés sur leurs poitrines disaient « je suis communiste, pourquoi pas vous ? ». Ils semblent désormais avoir déserté la ville et ses quartiers, pour n’y réapparaître qu’à l’approche d’élections locales ou nationales. Moins nombreux, ils ont vieilli et paraissent las. Avoir subi tant de déconvenues et de défaites se lit à présent sur leurs visages. Leur monde n’est plus et leur imaginaire s’est racorni ! Ils le savent, mais veulent encore y croire. Ce temps était celui de mes parents. Il fut aussi une part du mien.
Dimanche, des « Insoumis », s’installeront, comme d’habitude, sur la passerelle des Barques. Ce seront toujours les mêmes têtes, qui toujours « font la gueule ». La grisaille couvre leurs voix, comme elle colore leurs vêtements. Fagotés, ils croient mimer le peuple. Leurs gestes sont intrusifs et leurs regards durs. Ce qui reste de la « gauche », absente, hypocrite et soumise, en silence, suit. Laisse faire. Ailleurs. Dans ses foyers. Au chaud. Ou dans les Halles. Il m’arrive parfois d’y saluer un de ses élus devant l’étal de la marchande de poulets. À droite, en entrant.
Je n’oublie pas que ce jour est celui de l’Épiphanie. Une des plus belles fêtes de la chrétienté à mon sens. J’aime raconter cette légende. Elle contient tout de notre destinée commune. Demain, nous nous réunirons pour l’occasion autour de Romy pour son premier « gâteau des rois », une brioche moelleuse en forme de couronne couverte de sucre granulé. Sept jours déjà qu’elle est parmi nous en ce monde. Demain, elle sera reine…
 
 
 
 

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