Contre-Regards

par Michel SANTO

Notes sur une tribune de Laurent Bouvet: “Le sociétal ne remplacera jamais le social”.

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Dans le Figaro du 2 septembre, sous le titre: “Le sociétal ne remplacera jamais le social”, Laurent Bouvet présente une tribune dans laquelle il fait le constat que la stratégie du PS fondée sur des clivages socio-culturel pour rassembler et conquérir le pouvoir à gauche était inopérante. À l’appui de sa thèse il pointe deux difficultés. La première, nous dit-il “tient au doute que l’on peut formuler sur l’efficacité d’une telle politique du chiffon rouge agité sous le nez de ses adversaires. Quel intérêt y a-t-il, en effet, pour le pouvoir actuel, à remobiliser ainsi toute une partie de la droite alors même qu’il se trouve en difficulté sur sa gauche ? Le gouvernement actuel a-t-il les moyens d’un combat sur deux fronts alors qu’il est au plus bas de son crédit politique ? “. Et la deuxième serait interne à la gauche car “réduire ainsi le marquage idéologique à gauche aux questions de société demeure insuffisant. En effet, au cours de chacune des expériences gouvernementales de la gauche depuis 1981, il y a eu au moins une grande réforme sociale qui est restée un symbole durable : ainsi, par exemple, la retraite à 60 ans en 1981, le RMI en 1988 ou encore les 35 heures en 1997. Et ce même si, dans le même temps, les gouvernements de gauche ont mené des politiques d’adaptation à l’économie de marché et de soumission à la contrainte européenne” . Mais cette fois ci, observe-t-il,”l’absence d’une grande réforme sociale qui puisse rester comme un symbole incontestable et durable a laissé un vide et conduit à un déséquilibre inédit dans l’histoire des passages de la gauche au pouvoir sous la Ve République.” Et ce, ajouterais-je, dans un contexte où une politique de l’offre et d’amélioration de la productivité des entreprises n’a jamais aussi clairement énoncée. Bien! Laurent Bouvet aurait aussi pu préciser qu’il n’y pas d’opposition de principe, bien au contraire, entre libéralisme économique et libéralisme sociétal, et que le premier serait réservé à la droite et le second à la gauche: Giscard d’Estaing-Veil et Mitterand-Beregovoy l’ont démontré en leur temps. Tout est affaire de circonstances, en effet, et de volonté politique ! N’insistons pas! Mais ce constat -juste- étant fait, que peut bien faire le PS et  surtout quel projet politique peut-il offrir aux français se demande Laurent Bouvet? Comme lui , je n’ai pas de réponses précises à ces questions. En réalité, la seule qui se pose est de savoir si le PS s’engagera ou pas, dès lors que son orientation social-libérale est définitivement intégrée comme trajectoire politique de sa pratique gouvernementale, dans un travail de recomposition de son capital idéologique et symbolique, comme l’ont déjà fait les socialistes anglais, allemands et italiens! Ce qui suppose évidemment une rupture sans équivoque avec l’emprise de “l’extrême gauche” intellectuelle et politique sur une grande partie de ses militants, cadres intermédiaires et leurs relais dans les premiers cercles de l’appareil du parti. Il me semble en effet que c’est cette bataille qui aujourd’hui se mène à gauche.  Le travail de nettoyage idéologique que font Valls et ses ministres,  en est la confirmation … L’avenir du PS, du PS , entendons nous, en tant que parti de gouvernement, me semble-t-il, se situant au centre gauche de l’échiquier politique, il lui faut en finir avec ces restes idéologiques d’un “socialisme” datant du début du vingtième siècle. Il faudra plus d’un quinquennat, celui ci et certainement un autre, pour que le processus en cours prenne forme, mais il me semble inéluctable et … nécessaire!

*Laurent Bouvet est directeur de l’Observatoire de la vie politique (Ovipol) à la Fondation Jean-Jaurès et Professeur de science politique à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Son dernier ouvrage, «Le Sens du peuple. La gauche, la démocratie, le populisme», est paru aux Éditions Gallimard.

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    Coriolan

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    – Serge AUDIER. Le socialisme libéral. Repères/La Découverte

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